Le loup viendra t-il jusqu'en Sologne ? 

Capture d’écran 2016-02-07 à 11.33.16

Extraits du " Petit Solognot" Journal gratuit (2013).

Jusqu’en 1992, on avait pris l’habitude de dire que le loup avait définitivement disparu de France. C’était sans doute aller un peu vite en besogne. Ce carnivore sauvage était autrefois un animal commun, présent dans toute la France, sauf en Corse.

L’année 1882, fut pour cette espèce mal aimée le commencement de la fin avec l’adoption d’une loi qui revalorisa considérablement les primes que l’on versait aux paysans pour sa destruction. Ce qui décupla les ardeurs d’une population rurale pauvre et fut beaucoup plus efficace que les battues ou les interventions des louvetiers.

Peu à peu, au cours des années qui suivirent, le piégeage et les empoisonnements se généralisèrent et, pendant une cinquantaine d’années, le nombre de loups chuta régulièrement, les zones où il se reproduisait devinrent moins nombreuses et il finit par disparaître quasi totalement de l’hexagone dans les années 1930, leurs derniers fiefs se trouvant principalement dans le Centre-Ouest (Vienne, Dordogne, Charente et environs).

Pourtant, quelques loups ayant miraculeusement survécu au fusil ou à la strychnine firent encore des apparitions sporadiques, bien après, en Lozère, dans les Pyrénées, dans les Alpes Maritimes, en Dauphiné etc.

Dans notre région, la Sologne et le Berry, la Touraine, le Gâtinais, la Beauce ou la forêt d’Orléans connurent bien sûr également la présence du prédateur. Quelques « derniers » loups furent d’ailleurs encore tués en Sologne orléanaise au début du vingtième siècle.

Dans les pays voisins, le loup qui n’avait jamais été pourchassé avec autant d’ardeur qu’en France n’a jamais disparu. En Espagne, on compterait aujourd’hui autour de 2500 loups, principalement en Castille Léon. En Italie, la population lupine est estimée à un millier d’individus. Ce sont des animaux de la sous espèce italienne – canis lupus italicus – qui, en 1992, firent sensation en réapparaissant en Mercantour, puis les départements voisins (Alpes de haute-Provence, Drôme, Isère, Savoie etc..).

Aujourd’hui, la progression géographique du loup se poursuit. L’animal est maintenant présent, outre les départements du sud-est, dans le Massif central (1997) dans les Pyrénées (1999) dans les Vosges (1994) et il ne se passe pas une saison sans qu’une nouvelle observation ne vienne confirmer l’expansion de l’espèce. Ainsi, des indices ont été recueillis récemment en Ardèche, dans le Tarn, dans le Gers, le Lot , en haute Marne et dans l’Aube, bien que les indices de présence recueillis pour ce dernier département soient pour le moment insuffisants pour apporter la preuve définitive qu’il s’agit bien de loups. Seule les analyses ADN (de poils, de crottes) ou des photos permettraient d’identifier à coup sûr le canidé, loup ou chien, (1) qui a attaqué récemment des moutons près de Bar sur Aube, à 150 kilomètres seulement des limites du département du Loiret !

La remontée des effectifs du loup n’est pas un phénomène franco français, le loup a également pointé à nouveau le museau en Suisse. On a signalé il y a quelques années une meute en Allemagne (Saxe), près de la frontière polonaise. Des observations ont même été faites en Belgique, au Danemark..

C’est le comportement naturel des jeunes qui permet cette spectaculaire progression. Malgré une mortalité des jeunes très forte (un louveteau sur deux seulement parvient à l’âge adulte) les loups adolescents qui quittent la cellule familiale sont capables de parcourir en trottant des distances considérables. Avec la miniaturisation et le perfectionnement des systèmes de marquage électronique, on a pu mesurer des parcours étonnamment longs. Plusieurs centaines de kilomètres peuvent ainsi être franchis en quelques semaines par un jeune loup sans que les installations humaines, autoroutes, ponts ou autres ne soient un obstacle infranchissable.

Le loup reviendra donc inévitablement un jour en Sologne. Quand ? On ne sait pas. Peut-être dans deux mois, peut-être dans dix ans.

Reviendra t-il par le sud, via l’Indre, la Creuse ? Ou plutôt par l’est : Nièvre, Allier ? Ou encore, venu des Vosges cette fois, par le Nord, après avoir traversé les forêts de l’Yonne ? On ne sait pas.

Ysengrin n’a pas fini de nous surprendre. En toute logique, les loups présents dans les Pyrénées orientales auraient dû être d’origine espagnole, or, ce sont bien des loups de la « lignée » italienne qui sont apparus là-bas, en Catalogne. Ils ont donc traversé, dans la plus grande discrétion, une bonne partie du sud de la France, peut-être via le Parc naturel du haut Languedoc, que personne ne s’en rende compte. De la même façon, les deux « premiers » loups français observés en 1992 dans le vallon de Molières en Mercantour furent les premiers signes visibles d’une « remontée » du loup le long de la chaîne des Apennins, depuis les Abruzzes, entamée en réalité depuis les années 80.

Dangereux autrefois lorsqu’il était atteint de la rage, le loup ne constitue plus une menace pour les humains. Il pose néanmoins un problème récurrent aux éleveurs. Comme tout bon prédateur qui se respecte il obéit à une loi simple : faire le minimum d’efforts, avec le minimum de risque, pour obtenir le plus facilement la nourriture carnée dont il a besoin. D’où sa tentation de se servir dans les troupeaux de moutons, proies faciles et partout disponibles !

Propos recueillis auprès de J.Baillon.

(1) Depuis cet article, confirmation a été donnée qu'il s'agissait bien d'un loup.