Le meneur de loups, la birette et le loup-garou

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Ces lignes sont extraites de " Le loup, autrefois, en Sologne, et dans ses environs " et de « Le loup, autrefois, en Beauce » 

Les meneurs de loups

Les meneurs de loups ont laissé quelques sombres souvenirs dans les campagnes. En Beauce, on pensait qu’ils avaient fait un pacte avec le diable. Ces personnages peu recommandables étaient simplement des sortes de mendiants qui profitaient de la crédulité générale pour quêter suite à la destruction d’un loup. Avec peut-être quelques menaces plus ou moins précises à la bouche pour augmenter le rendement..

« Autrefois, lorsque les loups étaient nombreux, ils étaient la terreur des habitants des campagnes, rappelle Hyppolyte Marlot en 1894. Aussi l'on récompensait la destruction de chaque loup, et on le promenait de village en village, en faisant une quête, ordinairement très fructueuse. Lorsqu’un mendiant pouvait se procurer la dépouille d'un loup, c'était pour lui une bonne fortune. On faisait aussi peur aux enfants qui n'étaient pas sages des porteurs de peaux de loups,qui étaient considérés comme des espèces de croquemitaines . Nous avons vu des mendiants, à défaut de peaux de loups, faire des quêtes, couverts de peaux de renards, ou même de peaux de fouines ou de putois ».

Ils avaient, dit Félix Chapiseau, le pouvoir de charmer ces bêtes sauvages et de faire dévorer les troupeaux de leurs ennemis par leurs dociles compagnons ».Une autre raison d’avoir peur était la crainte du loup-garou. « Nos populations beauceronnes croyaient fermement aux loups-garous. C’étaient des sorciers qui se changeaient en loups » explique encore Félix Chapiseau.

Cet auteur écrit par ailleurs, dans le « Magasin Pittoresque » en 1842 qu’une tradition relevée en Beauce, dit-il, et remontant à l’antiquité voulait que « fille seule au bois ayant d’adventure rencontré le loup ravissant et reçeu le regard d’iceluy, s’ensuivait qu’elle demeuroit mute » (muette).

En Sologne voisine aussi les meneurs de loups se taillèrent une belle réputation : Personnages redoutés volontiers pris pour des sorciers les« m’neux d’loups » ou « loutiers » avaient le pouvoir de se faire obéir des loups , voire de se changer en loups, ou pire, en loups-garous, et sont répandus dans toute la France..

Alexandre Dumas en fait le titre d’une de ses nouvelles. Jaubert, dans son « Glossaire du centre de la France » mentionne une variante rencontrée à Argent sur Sauldre : les « sarreux de loups ». Comme les meneurs de loups, ils avaient le pouvoir de se faire obéir des loups pour d’obscures visées : « Il y a des gens connus pour être des sarraus de loups.. une grande chasse aux loups avaient été infructueuse. Un des batteurs dit qu’il ne fallait point s’en étonner, qu’un tel avait eu bien soin de les sarrer tous dans son grenier [1] » .

Les folkloristes Van Gennep, Paul Sébillot ou Claude Seignolle ont particulièrement étudié cette croyance, sans oublier l’abbé Bernois qui, en 1890, reçut même un prix de 200 francs décerné par la Société Archéologique et Historique d’Orléans, pour son essai intitulé « Superstitions locales dans le diocèse d'Orléans » un texte de 256 pages manuscrites dans lequel il évoque les birettes, les loups-garous et bien d’autres croyances locales [2] .

Quant à « Marie la Louve », l’héroïne bien connue du roman de Claude Seignolle, elle fut inspirée par un témoignage recueilli par l’ethnologue, en 1944, auprès d’une femme d’Ennordres qui était alors âgée de 80 ans, Mme Vannier, et qui pensait avoir le don de guérir les morsures de loups depuis la visite, lorsqu’elle était enfant, d’un « montreux d’loups » à la ferme de ses parents [3].

On prête en général au meneur de loups de sombres desseins : « ils avertissent les loups des battues dirigées contre eux » écrit Pierre Adolphe Chéruel en 1855 dans le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France.

Pour Georges Sand, témoignages à l’appui, ce sont « des hommes savants et mystérieux, de vieux bûcherons, ou de malins gardes-chasse qui possèdent le secret pour charmer, soumettre, apprivoiser et conduire les loups véritables [4]» .

En Sologne, Bernard Edeine en a retrouvé la trace : «C'étaient des gens qui passaient pour sorciers et se promenaient en tenant en laisse un ou plusieurs loups. Ils avaient le pouvoir de commander aux loups dans le but de nuire. Ils s’en faisaient suivre la nuit pour effrayer les voyageurs. Ils pouvaient les faire monter dans les greniers ou les faire descendre dans les caves afin de les y tenir en réserve pour leurs mauvais coups, par exemple pour les envoyer égorger les troupeaux d'un pauvre fermier. Aussi, quand les loups commettaient quelques dommage ne manquait-on pas de dire que c'était par des loups envoyés, sous-entendu, par celui que l'on croyait être le Loutier [5] » .

Pour Augustin Dubois, c’étaient « de vieux sorciers du temps passé qui parcouraient la campagne tenant d’une main un loup en laisse et de l’autre un pot de sangsues » écrit-il en 1932 dans son livre « Sologne d’antan [6] ».

En forêt d’Ivoy, raconte M. Gaudeffroy de Bourges [7] , les m’neux d’loups étaient en général considérés comme sorciers et effrayaient les paysans, la nuit, dans les cours de fermes, affublés de peaux de bêtes et entourés de chiens » .

Dans le Sancerrois, au XIVème siècle, un procès a même lieu contre un meneur de loups présumé, Jehan Cahouet, laboureur à Hoisy, paroisse de Veaulgues. L’interrogatoire vise à établir s’il « sçait quelques recettes pour faire assembler les loups et les retenyr en ung certain lieu et si environ la feste de Pasques dernière il assembla pas grand nombre de loups en une maison appelée La Grande maison de Pesselières », ce à quoi il répond habilement qu’à cette date il était à Hozouer sur Tézée (Ouzouer sur Trézée). Dans des histoires sulfureuses comme cela, il est toujours bon d’avoir un alibi [8].

En marge de cette croyance, on peut aussi signaler l’habitude qu’avaient les tueurs de loups d’aller quémander des récompenses auprès des paysans : « Celui qui prenait un loup vivant le promenait et quêtait dans les fermes. S’il le tuait, il coupait les pattes de devant et les montrait comme pièces à conviction pour quêter [9]» écrit Victor Chevalier (1934).

Le Comte Jaubert dans son « Glossaire du centre de la France » (1856) atteste de cette pratique : « On promenait les têtes des loups et des renards de maison en maison en quêtant des gratifications, soit en argent, soit en nature, en œufs principalement [10]». Cette méthode pour gagner quelques sous fait penser à l’habitude qu’avaient les louvetiers de présenter leurs prises aux populations.. Ainsi, quatre louveteaux, tués par un lieutenant de louveterie du Loiret, M. Morand, sont attachés sur sa voiture de chasse en guise d’ornement (1855, forêt d’Orléans) .

Autre exemple, toujours dans le Loiret, en janvier 1855, on voit les habitants de Vrigny promener dans les rues de la ville voisine (Pithiviers) « les cadavres de deux loups énormes qu’ils avaient tués dans les bois de Monsieur de Fougeroux, jouxtant la forêt d’Orléans [11] ».

Dans son livre Les grands veneurs de l'époque, imprimé à St Amand en 1882, P. Barreyre décrit un vieux piégeur de loups de la forêt de Tronçais, le père Guilthyot, qui se promenait, vers 1830, « avec des loups attachés et bâillonnés vivants sur une voiture et montrés dans les villages à la curiosité des habitants...La satisfaction des uns en même temps que la colère des victimes de leurs dépravations, qui les suivaient armés de bâtons pour les taper et se venger des pertes qu'ils leur avaient fait subir [12]».

Les montreurs de loups, lit-on dans la revue des traditions populaires (1907) à l'instar de ceux d'ours, les promenaient à travers les campagnes, enchaînés ; quand ils traversaient les villages, les chiens poussaient de longs hurlements,tellement ils craignaient ces animaux. On faisait approcher les plus hardis pour les faire jeter sur le loup, amusement fort goûté des paysans [13]».

Dans le Nivernais voisin les meneurs de loups utilisaient, du moins si l’on en croit la « Société du Folklore Français [14] » , une technique « bio » pour se faire suivre de ces animaux : « Les louvetiers d'alors pour habituer leurs chiens à attaquer et à chasser les fauves avaient chez eux un loup ou une louve, muselé et attaché à une longue chaîne, et qu’ils faisaient poursuivre par leurs limiers. Le meneur de loups ne l’ignorait pas, et quand il voulait extorquer de l’argent à quelqu'un, il se rendait, la nuit, auprès de la louve, lui passait son mouchoir sous la queue et allait trouver sa victime. S’il y avait des loups dans le voisinage ils le suivai nt à distance. S’il n’y en avait pas il les appelait en hurlant dans son sabot, et les gens qui l'apercevaient ne doutaient plus de son état. Arrivé chez celui qu’il voulait dépouiller, il lui demandait de l’argent. Très souvent, par peur, l'autre s’exécutait. S'il refusait: « Tu t’en repentiras, disait notre homme en lui tapant sur l’épaule avec son mouchoir dans la main, je te ferai suivre par mes loups ». Et en effet, dès que le pauvre diable, sortait de chez lui, des loups ne manquaient pas de l'accompagner »

Enfin, Gérard Boutet, dans son « Fabuleux légendaire de l’Orléanais » (1979) confirme et nous en propose une définition certainement assez proche de la réalité. Selon cet auteur, les meneurs de loups étaient « des personnages effrayants, qui n'étaient pourtant, ni plus ni moins, que des saltimbanques spécialisés dans le dressage des louveteaux. Flanqués de trois ou quatre bêtes chacun, ils allaient de paroisse en paroisse donner la représentation. Afin de parfaire le mystère, nos baladins pouilleux se composaient un costume propre à effaroucher le meilleur des chrétiens : ample limousine et chapeau de rabateux [15] ».

Peut-être est-ce un de ces loups qui, en novembre 1854, faussa compagnie à son maître et fut tué par deux habitants de Montrichard . L’animal tué par les sieurs Robin et Daymard portait en effet…un collier de cuir et les restes d’une chaîne et un anneau de fer [16] !

Autre explication, plus ancienne, celle donnée en 1694 par le Dictionnaire étymologique (orthographe d’époque) : « La superstition de nos devanciers , jusques vingt ou trente ans en ça , eftoit telle , que presque par toutes les bonnes Villes du Royaume ils avoient opinion que certains esprits faìfoient leur purgatoire en ce monde aprês leur mort, qu’ils alloient de nuit par la ville , battans et outrageans beaucoup de personnes les trouvant par les rues , mais la lumière de l'Evangile les a fait évanouir et nous a appris que c'estoient coureurs de pavé et rufiens ( ?). A Paris ils avoient le Moine-bourru ; à Orléans , le Mulet-Odet ; à Blois, le Loup-garou , à Tours , le Roy-Huguet, et ainsi des autres Villes .[17] ».

On croit donc volontiers aux sorciers, aux revenants, au pouvoir des fontaines, au mauvais oeil et au pain béni, voire aux loups-garous dont de multiples versions existent mais dont la caractéristique commune est qu’il s’agit d’hommes ayant l’étrange capacité de se transformer en bêtes pour reprendre forme humaine leurs exactions consommées :

« Le chrétien convaincu s’étonnera sans doute de ces superstitions. L’ethnologue les tiendra pour les restes de croyances très anciennes venues du fond des âges » note Christiane Marcilhacy [18] .

Pour Abel Hugo (1835) « c’est la misère qui règne en Sologne qui entretient chez les habitants nombre de superstitions ridicules » . Des superstitions que dénonce le journal « La Gazette du village » (1865) : « D'abord une première croyance, bien compliquée, celle-là, et malheureusement trop fréquente encore, c'est la stupide croyance aux sorciers, au mauvais œil, aux fadettes, aux loups-garous [19] ».

Les loups-garous

A Blois, « le loup garou est le nom du démon de la nuit , il est de mauvaise rencontre » explique le Dictionnaire infernal de Colin de Plancy [20]. A Saint Florent, dans le Cher, on connaît aussi les loups-garous : « On n'en voit plus mais on en parle encore peut-on lire en 1911 dans une étude sur le canton . C'étaient des hommes qui avaient un commerce avec le diable pour se procurer de l'argent. A St Florent, ils se couvraient d'une peau de loup et allaient, à minuit, au carrefour des Quatre allées du Bois du Four ou à la Chaume à la Bonnette, une poule noire sous le bras. Là, ils évoquaient le démon en criant " poule à vendre" et ils lui livraient leur âme [21] » .

Et des loups-garous aux sorcières, il n’y a qu’un pas :

« A Chaon, écrit Corinne Dupuis [22], on prétend qu’à la fin du XIXe siècle, une fermière avait une solide réputation de sorcière. Selon les dires des anciens, elle faisait crever le bétail, en mettant des boules de laine dans les mangeoires. On assure que, par le temps le plus calme, sur son passage, les arbres bordant la route "entraient en folie", se tordaient et bruissaient en une houle frénétique de tempête... On la rendait d’ailleurs responsable de tous les malheurs du village : épidémies animales , étables « ensorcelées », lait refusant de cailler pour se transformer en fromage, etc. La fermière étant soupçonnée de magie noire, deux gars résolus l’attendirent dans un chemin de terre, cachés derrière un buisson. Dans l’ombre, ils virent surgir un animal énorme, chienne ou louve. La bête courait debout sur ses pattes de derrière... Un violent coup de bâton lui brisa une patte de devant : dans un hurlement, l’animal disparut. A quelque temps de là, une villageoise accoucha d’un garçon infirme d’une main, à l’endroit précis où l’animal nocturne avait été blessé... »

Dans le Sancerrois, l’ambiance n’était pas meilleure : « Le cimetière et la Croix-au-Loup servaient de théâtres nocturnes à la scélératesse des Gorde (une famille berrichonne de loup-garous) , qui s'y montraient au clair de lune , disait-on, allant ronger les os des morts, et sucer le sang des vivans assez téméraires pour s'aventurer en ces endroits déserts. Il est vrai que les loups , dans les rudes hivers, descendaient des monts de Sancerre , et pénétraient par la brèche des murs du cimetière , pour déterrer des cadavres ; il est vrai que la Croix-au-Loup, qui marquait le milieu de la route, entre Ryans et les Aix-d'Angillon , avait été ensanglantée par la chûte d'un mendiant ivre , qui s'était fracassé le crâne en tombant contre la pierre. Mais on rapportait ces accidens et beaucoup d'autres à l'intervention coupable des Gorde et des loups-garous [23] ».

En 1836 le « Dictionnaire des ménages » fustigera le phénomène de manière non équivoque :

« La plupart des gens qui dans les villages se disent loups garoux et vont, bizarrement affublés, épouvanter de leurs hurlemens les campagnes, sont des imbécilles auxquels leur réputation de lycanthropes, acquise par ces courses nocturnes a persuadé qu'ils l'étaient réellement, ou de mauvais plaisans qui s'amusent aux dépens de l'ignorance et de la crédulité. Les Ioups-garoux pullulent dans le Berry, la Nièvre, la Sologne. Il serait difficile d'en trouver dans des départemens plus éclairés [24]».


La birette, c’est la blanche femelle du loup-garou

La Birette, variante solognote et berrichonne du loup-garou, n’a rien à envier à son célèbre cousin : « C’est un animal fantastique de couleur blanche ne se promenant que la nuit : il entre dans les fermes pour battre les chiens de garde et les chiens de berger. Il est invulnérable, résiste aux coups de fusil et rend gracieusement avec la patte la balle qui t'atteint sans jamais le blesser.

On le voit rarement car il disparaît aussitôt qu'on l’approche; c'est aux hurlements des chiens, pour qui il est visible, qu'on reconnaît sa présence [25] » . Cette faculté de résister aux balles bénites, on la retrouve aussi chez le loup-garou : Le Docteur Dubois, dans « Sologne d’Antan » l’avait noté : « on ne pouvait les tirer qu’avec des balles bénies le jour de la Chandeleur [26] » . « Il est possible, témoigne le Docteur Laffitte d’Aubigny, que cette habitude ait été en usage à Ennordres [27] » .

Claude Seignolle [28] fait également allusion aux loups-garous dans son récit « La mort de Tillay » . Tillet est un fermier de Sologne, qui, la nuit, devient le gâloup maudit et dévore le bétail. Pourchassé par les fermiers du village, il est atteint par des balles bénites et, sur son lit de mort, quitte, sous les yeux de ses enfants horrifiés sa peau de loup-garou..

Ces diverses croyances perdurèrent jusqu’au XIXème siècle. A Vouzon, en 1830, on croit savoir que la birette est la femelle du loup-garou [29] .

A la Ferté St Aubin, en 1840, on pense que la birette est un être « ayant les jambes, les pieds et la tête d’une chèvre et le corps d’une femme [30] » .

Le docteur Dubois [31] écrit en 1932 : « En ce temps-là, nous, les jeunes, nous croyions fermement aux loups-garous et aux birettes, ces malins qui, jadis, terrorisaient les fermes isolées en se promenant à quatre pattes sous un drap blanc ».

Quant à Maurice Genevoix, il voyait plutôt la birette « enveloppée d’un linceul » et formée « d’une tête de citrouille évidée, percée d’orbites où la lueur d’une chandelle vacillait de clins d’œil maléfiques, le tout accompagné de chaînes secouées et de cliquetis d’os [32] ».

Puis les birettes, les vraies, laissèrent peu à peu la place aux « histoires de birettes » :

« Ma grand-mère était bergère vers 1876 du côté de Villemurlin témoigne Mme Herpoel [33] elle nous parlait beaucoup de sorcellerie rapport aux loups. Des gens, soit disant, se déguisaient en loups et parcouraient les chemins creux d’une ferme à l’autre pour jeter des sorts. On les appelait des birettes. Elle y croyait, mais elle tenait cela de ses parents, donc vers les années 1850/60. Mon grand-père, né en 1868 dans la même région, nous disait en avoir vu et y croyait fermement. Dans toute mon enfance, on m’a parlé des birettes dans la région de Chatillon sur Loire.. mes parents étant décédés, je suppose que l’on nous parlait de cela pour nous faire obéir ».

Cet usage « pédagogique » des loups-garous ou des birettes fût également exploité dans une famille de Cheméry : « A Chémery, nos parents et nos grands parents nous menaçaient du loup-garou avec un air mi-figue mi-raisin lorsque nous voulions aller dans des endroits défendus [34]» .

Mme Agogué, de Gien penche plutôt pour la farce : « Dans le sud-est du Loiret et le nord du Cher, les loups-garous et les birettes étaient connus pour leur pouvoir maléfique. Les gens n’osaient sortir à la tombée du jours de crainte d’en voir dans la cour de la ferme. Souvent, je crois, des garçons facétieux s’amusaient à apeurer les pauvres gens [35]».

A Cernoy en Berry aussi les birettes laissèrent quelques souvenirs. M. Abel Ragu, né en 1909, se souvient des histoires de birettes racontées par ses parents : « Lorsque les loups commencèrent à disparaître, les birettes les remplacèrent car les birettes aussi avaient peur des loups ! C’étaient de jeunes hommes qui se mettaient un drap blanc ou une peau de chèvre sur le corps.. Dans les fermes, il y avait beaucoup de domestiques. L’hiver, on allait faire la veillée dans les fermes, tantôt à une place, le samedi suivant dans l’autre. Ils les attendaient sur le chemin. Ils sautaient devant eux. Ils montaient dans les greniers. Quelquefois ils en voyaient monter sur la couverture de la maison, ils osaient rentrer à la maison. Ma mère a vu tout cela [36] » .

Une autre histoire vraie de fausse birette, racontée par M. Ragu, met en scène un charpentier et son ouvrier.. « Vers 1900, M. Adolphe Lefort était établi charpentier à Cernoy, un de ses ouvriers lui dit « Patron, est-ce que vous auriez peur si vous voyiez une birette devant vous qui tourne autour de vous ? ». Il lui répond : « je ne sais pas, je n’en ai jamais vu autour de moi ». Un dimanche soir, le charpentier va voir du travail au Favrat à trois kilomètres de Cernoy. Il revenait au soleil couchant dans un vieux chemin mal entretenu, son ouvrier l’attendait en chemin, habillé en birette. Il sautait, faisait tout pour lui faire peur, mais M. Lefort n’avait peur de rien. Au bout d’un moment, il arracha un piquet dans la haie, saisit la birette par le bras et lui donna une correction. Il avait beau dire « laissez-moi, patron ! » l’ouvrier fut quinze jours sans pouvoir travailler. Depuis ce coup là, les birettes ont disparu.. » .

Sources :

[1] Jaubert. Glossaire du centre de la France. Napoléon Chaix ed. Paris. 1856.

[2] bulletin de la SAHO tome 24, 1892.

[3] Claude Seignolle. Les évangiles du diable selon la croyance populaire. Maisonneuve et Larose. Paris. 1994.

[4]Georges Sand : Promenades autour d'un village, 1869.

[5] Bernard Edeine, La Sologne - Contribution aux études d'ethnologie métropolitaine Tome II. Éditions Mouton et Librairie de la Nouvelle Faculté, 1974.

[6] Augustin Dubois, Sologne d’antan, Orléans.1932.

[7] Témoignage recueilli auprès de M. Gaudefroy le 27 juillet 1981.

[8] Voir sur cette affaire l’étude très documentée de Nicole Jacques-Chaquin, Maxime Préaud. Les Sorciers du carroi de Marlou: un procès de sorcellerie en Berry (1582-1583) Editions Jérôme Million. 1996.

[9] V. Chevalier. Contribution pour sauver de l’oubli le lieux parler solognot. Archives départementales du Loir et Cher. 1934.

[10] Jaubert. Glossaire du centre de la France. Napoléon Chaix ed. Paris. 1856.

[11] A. Liger. Petites nouvelles de Pithiviers. Bulletin de l’U3A de Pithiviers, no 9, octobre 1983.

[12] P. Barreyre, Les grands veneurs de l’époque, impr. de Destenay (Saint-Amand) 1882.

[13] Revue des traditions populaires, tome 12, 1897.

[14] Revue de folklore français, Société du folklore français, no 1, tome 3, 1932.

[15] Gérard Boutet. Le fabuleux légendaire de l'Orléanais.1979. Horvath, Roanne.

[16] cité par Prudhomme, d’après un document des Archives du Loir et Cher.

[17] Gilles Ménage, Claude Chastelain (abbé), Pierre de Caseneuve, Pierre Besnier Dictionnaire étymologique ou Origines de la langue françoise. J. Anisson, Paris. 1694.

[18] Christiane Marcilhacy. Le diocèse d'Orléans au milieu du XIXe siècle, vol 5. Paris, Sirey, 1964.

[19] La Gazette du village, 17 septembre 1865.

[20] Colin de Plancy. Dictionnaire infernal : répertoire universel des êtres, des personnages, des livres... qui tiennent aux esprits, aux démons. Plon. Paris 1863.

[21] C de St René : La Seigneurie et l'ancien canton de St Florent sur Cher . Mémoires de la Société historique, littéraire et scientifique du Cher. Bourges. 1911.

[22] Corinne Dupuis. : France, terre de légendes. Document (sans date( sur internet .

[23] Paul Lacroix. Médianoches, volume 2. Bruxelles. 1835.

[24] Dictionnaire des ménages, répertoire de toutes les connaissances usuelles, encyclopédie des villes et des campagnes. Paris. 1836.

[25] La Gazette du village, 17 septembre 1865.

[26] Bernard Dubois. Sologne d’Antan, Mouton.Paris. 1932.

[27] Lettre du docteur Laffitte d’Aubigny du 7 juillet 1981.

[28] Claude Seignolle. Les évangiles du diable. Maisonneuve et Larose. Paris. 1972.

[29] La Saussaye, cité par Bernard Edeine. La Sologne. Mouton. Paris .1974.

[30] JM Simon. Glossaire du parler solognot.Sd.

[31] Augustin Dubois, Sologne d’antan, Orléans.1932.

[32] C.C. Gare aux birettes ! Site internet du Conseil général du Loiret .

[33] Témoignage de Mme Herpoel de Longvic les Dijon, lettre du 18 octobre 1982.

[34] Courrier de M et Mme Métivier de Menton, 1982.

[35] Courrier de Mme Thérèse Agogué, de Gien, 1981.

[36] Courrier de M. Abel Ragu de Cernoy en Berry, 1981.