Son plus grand régal est le chien

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Quelques écrits anciens sur les proies des loups...

L’intérêt des loups pour la chair des chiens revient régulièrement dans les commentaires et les observations : « Son plus grand régal est le chien, écrit Victor Delcroix [1], pour s'en procurer, il n'hésite pas à faire preuve d'audace, et beaucoup de chiens de chasse, égarés dans les bois,deviennent chaque année ses victimes ».

A Trou, près de Marcoussis, en février 1814, un habitant aperçoit un loup qui s’apprêtait à croquer son chien : « A cinq heures du soir, étant paisible dans son jardin, aperçoit un loup par la brèche de son dit jardin, qui courait son chien. Etant revenu dans son dit jardin, il a encore aperçu le loup, lui a donné un coup de fusil par ladite brèche. De son dit jardin, le loup a resté mors sur le coup [2]».

A Treilles,dans le Gâtinais, vers 1895-96, des loups attirés par les odeurs de viande provenant d’une usine d’équarrissage parviennent à entrer dans la cour,prennent des morceaux de viande qui étaient dans une chaudière et attaquent un petit chien dont on ne retrouva le collier que le lendemain à une quarantaine de mètres de la maison [3]. Un autre cas a été relevé par Roger Gauthier en 1866, toujours en Gâtinais : un « grand loup qui poursuivait une chienne » est chassé et tué par un paysan à Aubigny, au nord de Melun.

Le loup poursuit également les chats . Les grosses proies domestiques, cheval, âne, vache, chèvre peuvent aussi l’intéresser , ainsi que les marcassins ou les porcelets, et il sait se méfier des moyens de défense des chevaux ou des bœufs. Il a une affection particulière pour la volaille :oies, dindons..

Comparativement au bétail, les proies sauvages du loup sont dans l’ensemble peu mentionnées par les auteurs naturalistes contemporains des loups. Le Docteur Dalmon, un naturaliste bellifontain, en cite quelques-unes, tout en faisant une distinction curieuse entre deux types de loups au régime alimentaire différent :

« On divisait autrefois les loups en deux catégories,les étriqués ou bons chasseurs, qui ne vivaient que de la chasse des bêtes fauves de la forêt : biches pleines, faons, marcassins, bêtes affaiblies ou sur leur fin, souris, charognes des bois, et les gros loups qui vivaient de carnages, vidanges, ou bêtes vives prises à l’homme par maraude [4]».Cet auteur écrit par ailleurs que le loup délaisse les cerfs de la forêt de Fontainebleau « trop bien armés » et leur préfère les moutons [5].

« Il attaque tous les vertébrés à sang chaud qui lui tombent sous la dent : moutons, cerfs, chevreuils, mulots, souris,petits oiseaux etc » écrit Henri Coupin en 1899 dans ma revue « La Nature » « ses instincts sanguinaires sont très développés :souvent il tue pour le seul plaisir de tuer puisqu’il ne dévore pas sa victime. La charogne est aussi pour lui un plat de choix il la préfère aux animaux vivants : les vrais chasseurs aiment le gibier faisandé [6]».

En Gâtinais, note RogerGauthier, sous Louis XV, lorsque les gardes trouvaient un cerf abattu par lesloups ils en dressaient procès-verbal. Le naturaliste cite deux cas :1773, le garde Poinsard trouve un cadavre de cerf dans un vignoble à Montigny. Autre cas en 1775 avec un cerf trouvé « les épaules rongées »près de l’église d’Arbonnes [7].

Pour Anselme Gaétan Desmarest (1820) : « Il attaque les animaux paisibles et surtout les moutons, les chevreuils,les cerfs, les lièvres etc. Il se repaît aussi decharognes [8] ».

En 1875, la Chasse illustrée [9] rapporte une observation faite lors d’une chasse au lièvre : « des chiens courants chassaient un lièvre depuis trois quarts d’heure quand tout à coup un loup sortant d’un buisson s’élance sur le lièvre et le happe ».Pour Oberthur [10] «les plus grosses pièces ne l’effraient pas : chevreuils,biches, marcassins et bêtes de compagnie ne peuvent lui résister. Seuls les gros sangliers bien armés lui imposent le respect ».

Pour le DocteurTrouessart [11], le loup « évente le lièvre à la manière du chien de chasse,le fait partir et l’atteint en trois ou quatre bonds. Quand il attaque une famille de cheveuils, il cherche à séparer l’un d’eux du reste de la bande pour en venir plus facilement à bout, joignant toujours la ruse à la force. Le mâle et la femelle s’associent souvent pour cette chasse. L’un détourne le gibier etle force à se diriger vers son compagnon qui l’attend à l’affût ».

En 1881, des chasseurs observent un loup chassant le lièvre près d’Arpajon : « Depuis un mois, la présence d’un loup était signalée dans les bois dépendant de l’ancienne forêt de Linas, près d’Arpajon. Un de ces jours derniers encore un bûcheron l’avait vu saisir un lièvre en bordure et l’emporter dans le fourré. Avant-hier, à la tombée de la nuit, le sieur Victor Crapar, dit Germain, garde particulier de M. Anglade, propriétaire d’une partie de ces bois, était en tournée sur la lisière lorsque son attention fut attirée par un mouvement dans un champ de seigle. Un instant après, le loup débuchait àenviron 20 mètres de lui et il était assez heureux pour lui casser les reins de sa première balle. L’animal est fort beau et a été porté hier chez un naturaliste du passage Choiseul [12] ».

Victor Delcroix(1882) écrit : « Tout ce qu'il trouve lui convient,les insectes, les rats,les souris, les oiseaux,les chevreuils, les cerfs,les moutons; il préfère les proies mortes à la chair fraîche.. Quand le loup ne trouve pas à se rassasier de chair morte ou vivante, il mange de l'herbe, de la mousse, des racines;mais quand la terre durcie est couverte de neige et que cette dernière ressource lui manque,il rôde autour des fermes, s'introduit dans les bergeries, il fait alors denombreuses victimes. Parfois même il parcourt les rues es villages, tue les poules , les oies , lesjeunes chiens [13] ».

« Il détruit beaucoup de chats errants et de renards note J. Oberthur [14]. Il se nourrit de « lièvres, chevreuils, petits mammifères »selon René Martin [15]. D’autres auteurs citent encore au menu du loup le lapin, les souris,rats et mulots, les reptiles, les escargots, les insectes, les oiseaux, les« petits vertébrés » et même des fruits.

A Ormes, en 1854, on observe un loup qui dévore une pomme . Le Journal du Loiret relate malicieusement l’observation : « Hier mardi, une troupe de paisibles dindons pacageait sans penser à mal autour du bois de Montaigu lorsqu’un loup, chassé par la faim, s’en vint en plein midi rôder autour des volatiles et prit ses visées pour happer la plus dodue. Mais il avait compté sans leur gardien, jeune pâtre, qui se mit à crier « au loup ! » de toute la force de ses poumons. A sa voix, M. Th. Bruant, qui n’était pas loin, accourt armé de son fusil, ajuste l’animal glouton et l’abat comme eut fait un tirailleur de Vincennes. Il fallait que ce loup eut fait un bien long carême dans les bois,car en attendant le gras souper qu’attendait lui promettre les dindons qui gloussaient à quelques pas de lui, le malheureux, tapi sous un arbre, dévorait une pomme ! Quelle triste chère pour un loup ! [16]».

Le « Journal des haras, des chasses, des courses de chevaux et des progrès des sciences » (sic) écrit pour sa part : « Quelquefois , caché dans un buisson ou sur la lisière d'un bois, il guette en plein jour un troupeau de moutons,une troupe d'oies , et lorsqu'il les voit éloignés de leurs gardiens, il se traîne, se glisse pour arriver, sans en être aperçu, jusqu'à une distance qui lui donne la possibilité de se lancer en deux ou trois bonds au milieu de ces pacifiques animaux, tout occupés de chercher leur pâture , et qui ne se doutent nullement du danger qui les menace. Si ce sont des moutons, il saisit par le cou le premier qui tombe sous sa dent, le lance sur son dos et fuit avec lui. Si ce sont des oies, il cherche à en étrangler un nombre proportionné à ses forces, et à ce qu'il peut en emporter, et s'il n'est pas interrompu dans cette expédition par les cris des gardiens , ou par le harcèlement de quelques chiens lancés contre lui,il la terminera en emportant trois ou quatre oies dans le bois voisin. Une autre fois ce sera un poulain qui, folâtrant auprès de sa mère imprévoyante, sera inopinément saisi par un loup, qu'il aura guetté pendant des heures entières, et qui, après l'avoir étranglé, le traînera au fond des forêts pour en faire sa nourriture, ou si c'est une louve,celle de ses louvarts [17]».

Pour le même journal, en 1845, « Les loups abondent dans les forêts du domaine privé du roi,aux environs de la Ferté-Vidame. Il paraît qu'ils font une grande destruction de chevreuils et d'autres bêtes fauves qui abondent dans la forêt [18] .

Enfin, Toussenel, dans son ouvrage « l’esprit des bêtes » [19], rappelle que les charognes font partie de ses mets préférés : « J’ai vu deux loups retirer à eux seuls, du fond d’une mare vaseuse le cadavre d’une énorme jument qui pesait assurément plus de 350kilogs puis l’amener sur la berge et enmanger la moitié en deux ou trois heures ».

Et à Ingré, près d’Orléans, on tue un loup qui venait régulièrement dévorer .. la soupe pour les cochons. C’est le Journal du Loiret [20] qui relate l’anecdote : « Un paysan d’Ingré nourrissait un cochon. Il avait beau remplir son auge de tripes et d’eau de vaisselle, l’animal, au lieu d’engraisser, maigrissait à vue d’œil. L’homme voulut éclaircir le mystère. Pendant une nuit sombre, il se mit à l’affût et aperçut maître Loup, qui, ne pouvant pénétrer dans l’étable, se contentait de dévorer la pitance du malheureux porc. Le coucher en joue ne fut que l’affaire d’une seconde et le loup, pris en flagrant délit, tomba frappé d’une chevrotine mortelle ». Le journal ajoute que la dépouille du loup « a été promenée triomphalement à Orléans par un âne, qui joyeux d’une charge aussi belle, n’eut voulu pour beaucoup en être soulagé ».

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extraits de Le loup, autrefois,en Beauce 

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Sources


[1] Victor Delcroix. Histoire illustrée des animaux. Rouen.1882.

[2] Archives nationales F10 473.

[3] Roger Gauthier. Les loups dans la vallée du Loing. Bulletin des Naturalistes de la vallée du Loing, 1938.

[4] Dr Dalmon. Les gros mammifères de la forêt de Fontainebleau. Moret, 1935.

[5] Dr H. Dalmon. Ftainebleau, antique forêt de Bière. Stock. 1931.

[6] Henri Coupin. Le piégeage du loup. La Nature, 1er semestre1899.

[7] Roger Gauthier. Les loups dans la vallée du Loing. Bulletin des naturalistes de la vallée du Loing. Moret, 1938.

[8] Anselme Gaétan Desmarest, La Mammalogie ou description des espèces de mammifères. Paris. 1820.

[9] La Chasse illustrée, 24 janvier 1875

[10] J. Oberthur. Gibiers de notre pays.. Paris. 1940.

[11] Dr Trouessart, Histoire naturelle de la France. Deyrolle.Paris. 1884.

[12] La Chasse illustrée, 4 juin 1881.

[13] Victor Delcroix. Histoire illustrée des animaux. Rouen .1882.

[14] Oberthur. Animaux de vénerie, Durel, 1947.

[15] René Martin. Atlas de poche des mammifères. Librairie dessciences naturelles, 1910. Paris.

[16] Le Journal du Loiret, 7 décembre 1854.

[17] Anonyme. Chasse du loup. Journal des haras,chasses, et courses de chevaux, des progrès des sciences zooïatriques et de médecine comparée. 1835.

[18] Journal des haras, chasses, et courses de chevaux. Parent. Paris.1845.

[19] Toussenel. L’esprit des bêtes, Hetzel. Paris. 1862.

[20] Le Journal du Loiret, 26 octobre 1852.