Les huées aux loups

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Aujourd'hui, les battues aux loups recommencent.


Petit retour dans le passé avec ces histoires (locales) anciennes de « huées aux loups ».

« Nos lois ont dans tous les temps donné une attention particulière à la chasse du loup si importante pour la conservation des personnes et des troupeaux » écrit J. Perrève en 1845 dans son « Traité des délits et des peines de chasse dans les forêts de l’Etat [1]» édité à Bourges .

En 1599, HenriIV permet à différents seigneurs et religieux du Blaisois de « huer »les loups sur leurs terres et leur ordonne dès l'année suivante d'organiser une battue tous les trois mois sous la direction des lieutenants de louveterie. Ces autorisations furent assez largement accordées par Henri IV, au fil de ses voyages mais non sans insister sur quelques précautions à prendre quant à l’utilisation des armes..

Ainsi la même année, l’abbesse de Notre dame de Romorantin, Marie Hurault, est-elle autorisée « de faire assemblée et huées aux loups aux environs de ladicte abbaye et terres qui en dépendent ensemble, d’y faire porter arquebuzes les jours des dictes assemblées seullement, lesquels passé elle sera tenu de faire retirer les dictes arquebuzes afin qu’il n’en soit uzé ailleurs par ceulx auxquels elle aura donné charge de les porter [2]».

Le 23juillet 1599, c’est le sieur de La Ravinière, Daniel Delaunay ,de Fontaines en Sologne, qui bénéficie d’une telle autorisation royale, établie et signée par le roi à Orléans. Il pourra également initier et organiser des « huées aux loups » et « y faire porter arquebuzes ». A St Cyr en val, Henri IV donne une autorisation semblable au seigneurde Cormes : « Cormes relevait directement pour le droit de chasse du Roi de France à cause de sonduché d'Orléans. Ainsi on voit Henry IV accorder au seigneur de Cormes le droitde tuer et faire tuer, en ses terres et dépendances, les loups, renards etoiseaux de rivière, ramiers et autre gibiers non défendu par les ordonnances " [3]» .

Au début du XVème siècle, Charles VII autorise les baillis de huer le loup dans le comté de Blois (ainsi qu'en Touraine et à Chartres) « a force de gens et de chiens, harnoiz, fillez et autres engins a ce propices et convenables, depuis la date de ces presentes jusques a Pasques prouchain » . Là encore on prend quelques précautions puisque ces chasses ne pourront avoir lieu dans les « garennes » lieux de conservation du gibier, sauf si le bailli y participe en personne.. Pour supporter les frais et dépenses d'organisation de ces chasses, deux deniers parisis (ou deux deniers tournois selon le lieu) seront prélevés chez chaque habitant demeurant à deux lieues à la ronde où le loup aura été pris, avec une exception « pour les mendiants et misérables personnes » qui ne seront point taxées et pour « ceux qui auront participé à la défense ou à la huée ».

Le mode d'emploi de la « défense », variante de la Huée, est même cité dans l’ordonnance. C’est celui préconisé par célèbre veneur Gaston Phébus :

«Le veneur devait choisir à certaine distance de la forêt un buisson où il allait placer la charogne d'un animal en guise d'appât ; après quelques jours, une fois les loups accoutumés à venir au buisson, le veneur devait y placer ses lévriers en plusieurs rangées ; ensuite ses gens devaient se disposer autour du buisson, sauf devant les chiens, constituant ainsi les défenses, sorte de clôture humaine qui obligerait les loups à sortir parmi les lévriers ; c'était le moment de lâcher les chiens : Et quant il aura assez de gent et aura assisses lévriers, il doit mettre toute la gent autour du buisson fors que devant les lévriers, au plus près que il pourra l'un de l'autre, selon les genz qu'ilaura. Et cela appelle l'en deffenses, pour ce qu'ilz deffendent qu'ils ne s'enaillent fors que parmi les lévriers [4]» .

Enfin on peut signaler l’existence, en 1766, d’un louvetier solognot qui détruisit 64 loups en deux ans, ce qui lui vaudra les honneurs de la célèbre Gazette de France :

« Comme les loups faisaient des ravages considérables dans le Berry et dans la partie de Romorantin, Généralité d'Orléans, le sieur Lemoine Lenoir, Officier réformé du Corps des Grenadiers de France, Lieutenant de la Louveterie du roi, animé d'un zèle patriotique, est allé s'établir dans les Terres de Valençay en Berry où ila formé à ses frais un équipage pour la destruction de ces animaux : il s'est porté dans tous les endroits où les loups causaient des désordres , et il est parvenu , à force de soins et de travail, à détruire depuis deux ans, soixante-quatre loups, suivant les certificats en bonne forme qu'il a envoyés au Comte de Flamarins, Grand Louvetier de France [5]».

Sous la Révolution la louveterie en tant qu’institution est supprimée, mais la chasse aux loups continue. Peu avant , en 1787, le comte Clairon d'Haussonville, grand louvetier de France, donne permission au marquis de Romé « de chasser le loup jusqu'à trois lieues à la ronde du château de Fossé, en Blésois [6]». A noter que les compétences du marquis en matière de chasse au loup n’impressionnèrent pas les révolutionnaires de 1793 puisque, pour des raisons n’ayant sans doute rien à voir avec ses exploits cynégétiques, le marquis de Romé périt sur l’échafaud ! [7]

Des battues ont lieu dans les bois de la Thiau, près d’Aubigny, en 1790 [8], en forêt de Russy, en mai1796 puis en juillet 1798 avec le concours des habitants de Huisseau et de Mont. D’autres battues ont lieu vers Avaray et en forêt de Bruadan [9]. A noter que ces battues revêtaient un caractère obligatoire et que les habitants qui tentaient de s'y soustraire étaient condamnés à payer des amendes. Les Archives du Cher ont conservé les procès-verbaux de certaines de ces infractions : ainsi, en 1770 le juge de la gruerie d'Allogny condamne par défaut les nommés Gilliard, Arot Clavier et autres, à 20 sols d'amende « pour ne point s'être rendus à la chasse aux loups ».

Près d'Allouis un autre document constate que différents habitants ne se sont pas présentés pour la battue aux loups faite dans la forêt du Rain du bois. Près de Vignoux sur barangeon un procès-verbal est dressé contre les habitants qui avaient refusé de se rendre à une battue requise par la garde de Dournon [10]. En 1715 une bête dévore plusieurs enfants et une femme près de Jussy le chaudrier (Cher). Les autorités tentent d’organiser la riposte mais peinent à motiver les paysans :

« Il faut bien exciter les paysans à faire leur devoir, à quoi ils sont naturellement peu portés, quelque dommage que leur puisse causer ces bêtes carnassières »écrit le contrôleur général des finances de Bourges, Foullé de Martangis [11].

Les paysans ne sont pourtant pas toujours disponibles pour ces opérations de maintien de l’ordre , ainsi près de Vennecy, en lisière de la forêt d’Orléans, une battue dirigée par le lieutenant de louveterie Morand ne peut se dérouler comme prévu pour cause … de beau temps : « le beau temps ayant succédé à des pluies continuelles, les habitants n’ont pu l’aider, occupés à faucher les foins [12]».

On tente d’associer aux battues le plus de monde possible : en septembre 1785, une voyageuse anglaise de qualité, Mme Cradock, visite le château de Blois. La chronique relève que le jour en question « la moitié des blésois était partie à la chasse aux loups avec une meute royale. La chasse avait été annoncée la veille à son de trompe par un piqueur du roi, les loups ayant dévoré un homme et un enfant et semé la terreur dans tout le pays [13]» .

A Tours en Sologne, en avril 1797, c’est le propriétaire de Villesavin, Auguste de la Pallu qui demande à pratiquer des battues aux loups [14]. En mai, l’administration de Lanthenay demande à effectuer une battue en forêt de Bruadan. En décembre, c’est à St Laurent des eaux, dans les bois de Briou qu’une battue aura lieu, à l’initiative de grands propriétaires [15]. En 1798, deux loups sont tués lors d’une battue à Chambord [16].

En 1799, le nommé Hurault, chatelain de Saint Denis sur Loire est autorisé à effectuer une battue dans les forêts de Russy et de Boulogne. Sa demande s’appuie sur le fait qu’il possède « les équipages et les moyens nécessaires pour cet objet [17]» . En juin, une battue générale a lieu en forêt de Boulogne et dans le parc de Chambord, puis, en novembre, en forêt de Bruadan. En 1800, nouvelle battue en forêt de Bruadan. En 1803, on organise une battue en forêt de Blois sous la direction du général Verdière et du citoyen Marchois : 5 louveteaux sont tués [18].

Aux termes d'un arrêté du Directoire du 19 pluviôse anV, (7 février 1797) les autorités départementales peuvent ordonner des battues aux loups, renards, blaireaux et autres animaux nuisibles. Cet important arrêté ouvrira la voie à la louveterie moderne, qui sera restaurée par Napoléon en 1804, le « Grand Veneur » remplaçant le « Grand Louvetier » de l’ancien régime.

Le 26 germinal de l'an X, (16 avril 1802) un arrêté prévoit l'organisation de deux chasses aux loups par an dans toutes les communes boisées du département du Cher :

« La première aura lieu dans les premiers jours de germinal, et la seconde dans la 2ème décade du mois de fructidor de chaque année, c'est-à-dire, immédiatement après la récolte des grains. Ces chasses seront surveillées par le conservateur et par les inspecteurs des forêts nationales de chaque arrondissement, qui demeurent chargés de réunir plusieurs communes ou arrondissements de Chasse; de désigner le nombre des batteurs et tirailleurs que chaque maire devra requérir pour les Chasses générales; de déterminer les lieux , jours et heures de rassemblements périodiques de chaque arrondissement de Chasse; enfin, d'indiquer, dans chacun desdits arrondissements, un ou plusieurs citoyens pour commander les dites chasses, auxquelles les maires ou adjoints municipaux de chaque commune sont tenus d'assister.

Les maires formeront une liste de tous les citoyens qu'ils devront requérir de se trouver, soit en armes, soit sans armes , à chaque chasse générale ; ils auront le soin de donner un réquisitoire par écrit à chaque citoyen, au moins huit jours avant l'époque indiquée pour la Chasse. Les maires de chaque commune feront, de concert avec les citoyens désignés pour conduire et diriger les chasses, une heure avant le départ du lieu de rassemblement, l'appel de tous les citoyens inscrits sur leurs listes : ils mettront la plus grande exactitude à pointer les citoyens requis qui se seraient absentés sans causes légitimes, bien et dûment constatées, soit avant, soit après la Chasse. Immédiatement après la battue, ils auront soin d'adresser au préfet la liste de tous les défaillants , laquelle sera envoyée au magistrat de sûreté, qui sera chargé de poursuivre la condamnation à l'amende de 10 francs encourue par chaque défaillant [19] ».

En exécution de cet arrêté, une battue générale a lieu dans l’arrondissement de Sancerre en mai 1802. Plusieurs habitants vont tenter de s’y soustraire ce qui va leur valoir quelques ennuis : « Pierre Boin-Picot, Bourguignon fils , Vacher-Lagrave et plusieurs autres, après s'être trouvés au lieu du rassemblement et répondu à l'appel, ont disparu pendant la chasse ». Le jugement du tribunal condamne Pierre Boin Picot à 10francs d’amende, les autres sont acquittés « sous le prétexte qu'il n'était pas prouvé qu'ils se fussent absentés de la chasse [20]».

En 1770, le juge de la gruerie d'Allogny condamne les nommés Gilliart, Arot, Clavier et autres « à 20 sols d'amende pour ne point s'être rendus à la chasse aux loups faite le 29 septembre 1770 [21] » .

Un autre problème auquel les autorités vont devoir faire face est celui de la discipline et de la sécurité et on tente de légiférer par crainte des troubles :

« Mais comme cette chasse, pour laquelle il faut nécessairement que le paysan soit armé, pourroit occasionner des assemblées tumultuaires, et qu'il pourroit s'y introduire quantité d'abus; la sagesse du Gouvernement et des Magistrats a prescrit les Réglements dons nous allons donner le précis pour la Chasse au loup, afin d'y mettre la police convenable, pour empêcher qu'il n'y arrive aucun accident, et afin qu'en veillant au bien des sujets il ne se passe rien de contraire au bon ordre [22]».

En 1853, le Journal des haras, des chasses et des chevaux de courses se fait l’écho de ces difficultés : « Les battues ou huées, de nos jours surtout, se font très mal; il faut un ordre et une discipline à laquelle la pétulance et l'inexpérience de nos paysans ne sauraient se prêter, car chacun veut être maître d'agir à sa fantaisie. Or, où tout le monde est maître personne n'obéit, de sorte que, dans ce tohu-bohu, ce n'est pas toujours la peau du loup qui court les plus grands risques [23] ».

Les Annales forestières (1846) font la même analyse. Le rédacteur (anonyme) de l’article allant même jusqu’à préconiser, avec un certain humour,l’abandon des battues aux loups :

« Mais quant aux grandes battues, faites à jour dit, par mesure générale, je les proscris absolument. Voici mes raisons : D'abord, on n'y tue jamais ou presque jamais de loups. Ensuite, on s'y fait tuer quelquefois, et cela est fort triste. Troisièmement, on y est exposé à tuer ses voisins. A la rigueur, on aime mieux cela, je le conçois; mais c'est toujours fort triste. Enfin, on y détruit le gibier.

C’est qu'en effet tout concourt à produire ces résultats. Au lieu du recueillement profond, du silence absolu, des précautions minutieuses dans lesquelles réside la première condition du succès, que se passe-t-il dans les battues générales? Chasseurs et traqueurs parlent, chantent, rient à gorge déployée; ils arrivent en forêt comme une troupe de bruyants vendangeurs; on marche au hasard; on s'occupe de tout, excepté de la chasse. Chacun se croit en partie de plaisir. Les agents forestiers ou les gardes se multiplient pour placer les tireurs; ils sont obligés de crier eux-mêmes pour imposer silence aux autres; enfin, quand tous les postes sont occupés, on donne le signal ; les traqueurs s'ébranlent. Pendant un quart d'heure tout le monde écoute, attend, se tait; on retient jusqu'à sa respiration. Il est bien temps! Les loups ne sont pas sourds; s'ils étaient dans l'enceinte, ils vous ont entendus venir d'une lieue ; ils ont compris qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, et, dociles à la voix de la prudence, leur ancienne et fidèle conseillère, il y a longtemps qu'ils ont déménagé [24]».

« J’ai assisté un jour à une grande battue ordonnée par le Préfet où il y avait au moins cinquante tireurs note le veneur Fuller-Farrerdans ses mémoires, on ne vit pas un loup de la journée. Les battues ne détruisent pas les loups, les trois quarts du temps les chasseurs ne les rencontrent même pas et ils rentrent chez eux disant qu’il n’y a pas un loup dans le pays » . Et il donne l’exemple d’une battue infructueuse organisée en avril suite à la plainte d’un fermier qui avait eu un veau pris par le loup dans un pacage en lisière de forêt. Autorisé par le préfet à rechercher ce loup, il invite plusieurs tireurs et une louve est tuée dans une des enceintes qui avait fait la veille l’objet de la battue.. [25].

En 1872, le Conseil Général du Loir et Cher recommande que les battues soient surveillées par la gendarmerie et réclame la sévérité à l’égard des fauteurs de troubles :

« Je vous proposerai de demander en même temps à M. le Préfet de favoriser la destruction des animaux nuisibles par les propriétaires et fermiers intéressés, en permettant aux Sous-Préfets d'autoriser, après avis des Maires, les chasses et battues contre ces animaux sous la surveillance d'un agent de la forcepublique, ou tout au moins après avertissement donné à la gendarmerie du canton. J’'applaudirai, bien entendu, à une répression sévère des moindres abus qui pourraient être commis àl a faveur de ces autorisations [26] ».

Et ce sont parfois les lieutenants de louveterie eux-mêmes qui se montrent défaillants comme l’indique en 1840 cette circulaire de l’Administration des forêts :

« Les officiers de louveterie qui, sous prétexte de poursuivre le loup, se livrent à une chasse purement voluptuaire, commettent un délit . Je saisis cette occasion pour vous rappeler qu'il est important, dans l'intérêt de la conservation du droit de chasse, que les règlements sur la louveterie soient scrupuleusement observés , et je vous fais remarquer à cet égard que la faculté accordée aux lieutenants de louveterie de chasser deux fois par mois à courre le sanglier, ne peut s'entendre que de la saison des chasses, puisque l'ordonnance du 20 août porte que , dans le temps où la chasse à courre n'est pas permise, les lieutenants de louveterie doivent s'occuper à faire tendre des pièges, détourner les loups, et les attaquer à traits de limiers, sans se servir de l'équipage, qu'il est défendu de découpler [27] » .

Les difficultés relatives à l’ordre public rencontrées pendant le déroulement des battues, ou à propos de leur organisation, n’échappent pas aux maires qui tentent des’organiser au mieux..

Le 2 novembre 1816, Jean Julien Jaupitre, maire de Souesmes, sans doute soucieux de présenter au Préfet les meilleures garanties de maintien de l’ordre lors de battues dans sa commune, rédige un «Règlement de battue aux loups » très précis qu’il envoie au sous- préfet à Romorantin. L’histoire ne dit pas si les bonnes intentions affichées furent suivies d’effet :

Règlement de battues au loups [28]

Quinze jours avant la battue aux loups, il sera publié à l’issuede la messe qu’il y aura batue au loup le dimanche.

Tous habitants âgés de 18 ans et au dessus sont invités d’y prendre part. Pour ce, dans la huitaine, ilsviendront à la mairie déclarer qu’ils veulent faire part de la chasse et qu’ils consente de se soumettre au règlement dont on leur donnera lecture.

Chaque division est commandée par un chef commandant, quatre aides commandants et des capitaines.

Organisation générale de la chasse : la chasse se compose de deux divisions, une de fusiliers et l’autre de traqueurs.

Le Conseil de chasse est composé des Chefs commandants, de leurs aides et des capitaines et présidé par le maire ou l’adjoint.

Le Conseil décide de la tenue de la chasse, de la division des forces et des lieux où elles seront portées.

Les officiers seront nommés par MM. les maires et adjoints.

Huit jours avant la chasse, les officiers se rassembleront à la mairie, là où il sera traité de la manière dont on emploiera les forces et des lieux où elles seront portées.

« Chaque compagnie sera composée de onze hommes y compris le capitaine. Dans la marche le capitaine sera toujours au centre à moins que sa présence ne soit utile ailleurs ».

« S'il y a plainte, elle est portée au capitaine, celui-ci la transmet à l'aide commandant qui en instruit le chef qui y faira droit de suite, ou renvaira la faire devant le conseil général qui se tiendra après la chasse ».

« Les chefs commandants seront toujours au centre, autant que faire se poura, de là ils envairont leurs aides commandants sur les deux ailles afin de tenir la ligne, ces aides deveront toujours se croiser dans leurs marches ».

« Chaque chef a le droit de faire l'appelle toutes les fois qu'ille juge a propos, celui qui manquera à chaque apelle sera condamné à vingt cinq centimes, celui qui manquera la dernière appelle sera condanné à trois francs».

« Ordre pour le départ. Au jour indiqué, tout individu enregistrés ur le contrôle de la chasse se trouvera au bourg avant soleil levé devant lamairie, avec ses armes, des vivres pour la journée, les fusiliers ayant leurs armes vides se rangeront sur une ligne et les traqueurs sur l'autre ».

« Appelle générale sera faite, ensuite les numéros des compagnies seront tirés au sort. Le n° premier sera le plus près du cloché, ainsi de suite, et dans chaque compagnie le plus âgé sera toujours le plus près du dit cloché et ainsi de suite par rang d'âge ».

« Les officiers supérieurs fairont l'inspection des armes à feu, celles qui ne seront pas jugées solides, seront déposées à la mairie et rendues après la chasse à qui elles appartiendront ».

« Tout fusil chargé sera envoyé au vent ».

« Les fusiliers recevront à la mairie cinq cartouches ; après la chasse, les fusils seront déchargés en présence des officiers supérieurs et les munitions leur seront remises.

« Les armes chargées seront sur leur repos, et dans la marche auront le bout en l'air sou peine de 50 centimes la première fois, 1 franc la seconde et désarmé la troisième ».

« Le fusil ne sera armé que lors que l'on sera à son poste et desarmé toute fois qu'il y aura mouvement sou peinne de l'article ci dessus.

« Celui qui tirra sur autre gibier que loup et renard sera désarmé et condamné a une amende de trois francs ».

« Tout fusilier qui troublera l'ordre soit en causant, soit enquittant sera désarmé ; il est défendu de tirer s'il y a danger pour autrui ».

« Les fusiliers seront a 50 pas les uns des autres et les traqueurs a 20 pas. Il est défendu a tous de se trouver deux ensem bles sou peinne de 25 centimes la première fois et 50 les autres ».

« La chasse commencera lorsque la dernière compagnie de traqueurs sera posée, alors il y sera tiré un coup de fusil à poudre qui lui sera répondu au centre et au commencement de la ligne, alors tout partira ».

« A la fin de la chasse, il y aura appelle général, ceux qui ne s'y trouvent pas seront condannés à lamande portée par l'article 12. On procedra ensuite à la décharge des armes ; les munitions seront remises aux chefs qui déclarent la chasse finie. Chacun aura le droit de se retirer sans cependant avoir celui de chasser en s'en allant ».

La question de la bonne tenue des battues n’est pas le seul problème auquel les maires ont à faire face. En amont, il faut solliciter de l’administration préfectorale l’autorisation de mettre en place la battue, recevoir l’autorisation, convaincre les équipages de louveterie de participer, informer et convoquer les participants, s’associer les bonnes grâces des propriétaires des lieux où doit d’effectuer la battue, ou de l’administration des Eaux et forêts. Tous ces préparatifs ne sont pas simples. Ils donnent lieu à de nombreux échanges de correspondances.

Toutes ces formalités sont un vrai casse-tête et gênent considérablement l’organisation des battues.. ce qui provoque de nouveaux échanges : En 1884, M. Jahan, président du Conseil Général du Loiret, interpelle le Préfet :

« M. Jahan dit que c'est le Préfet qui doit autoriser les battues; il fait remarquer que, dans une commune de Sologne de son canton, des sangliers et des loups ayant causé de grands ravages, des demandes de battues ont été adressées à M. le Préfet et sont demeurées sans réponse ».

Le Préfet répond « qu'il est d'autant plus étonné de l'observation de M. Jahan, qu'il a comme principe d'accorder toutes les autorisations qui lui sont demandées. L'Administration n'a aucun intérêt à empêcher les battues ; mais elles produisent peu de résultats à cause des formalités nombreuses qu'il faut remplir pour pouvoir les organiser. C'est là une cause de retard qui les rend souvent inutiles, parce que les animaux sont disparus quand on arrive sur le terrain [29]».

On se passe donc parfois des formalités. Au début de l’année 1818, des habitants d’Isdes organisent une battue sans autorisation préalable. Le maire s’en explique auprès du sous-préfet le 20 janvier :

« Monsieur, j’ai l’honneur de vous donner avis que hier, sur les trois heures du soir, deux habitants de cette commune ont vu entrer deux loups dans les bois de Chambeault sis sur cette commune. Ils ont averti leurs voisins et le garde du propriétaire du bois et ont fait la battue de suite et ils m’ont fait prévenir qu’ils faisaient la battue comme n’ayant pas de temps à perdre au vu que la nuit arrivait et que ces animaux auraient pu se sauver. Ils ont pris la liberté de faire cette battue. J’espère, Monsieur le Sous-préfet, que vous ne trouverez point mauvaise la liberté qu’ils ont prise : ils ont tué un gros loup mâle pesant environ 88 livres.. L’autre a été blessé mais ils n’ont pu l’avoir, la nuit les a pris. Il a été tué par Jean Tessier, laboureur à La Slage de cette commune : les habitants m’ont prié de leur permettre de faire la battue dans ce bois lorsqu’on verra entrer quelques loups, car, de faire la battue sans les voir entrer dans le bois, c’est un coup de hasard. Les deux animaux avaient tué des moutons, la veille, à un fermier de cette commune [30]».

Une grande battue réunit 500 personnes en 1818 dans le Giennois. Les habitants d’Autry le chatel, Poilly, St Brisson, St Martin y participent. Le maire de Poilly,« où l’on avait vu des loups jusque dans les cours se jeter sur les chiens et même sur les bergers » écrit au sous-préfet le 1er mai pour lui communiquer les modalités du rassemblement : la battue aura lieule 3 mai. Les habitants de Poilly se réuniront sur la route de Gien à Bourges, en face du domaine des Alleaux. Ils rejoindront ceux de St Martin et de StBrisson à la Fontaine Chloie et aux Taillis Bernard et ceux d’Autry aux Quatrevents .

Pour donner un peu plus de solennité à cette battue, les propriétaires-chasseurs de la ville de Gien ont été conviés à participer ainsi que le sous-préfet :

«Je vous donne cet avis, écrit le maire, dans l’espoir que si vos occupations vous permettaient de monter à cheval, pour vous supplier de bien vouloir nous honorer de votre présence en vous assurant d’avance que la satisfaction que trouveraient les habitants de ces quatre communes ne serait pas la moins utile pour les encourager à y maintenir l’ordre que nous espérons y voir régner ».

Prudent ou occupé par ailleurs, le sous-préfet ne se rendra pas à cette battue. Il répond au maire : « Mes fonctions ne me permettent pas de diriger une battue aux loups et, ne pouvant la diriger, je dois m’abstenir d’y participer ». Le mauvais temps gêna cette battue au cours de laquelle « on ne vit que trois loups qu’on ne put atteindre [31] ».

Les maires, parfois, sont obligés d’insister pour avoir une réponse de l’administration, ainsi le 14 octobre 1849, le maire de Vernou écrit au sous-préfet de Romorantin pour réitérer une demande de battues sur les communes de Veilleins, Millanay,Cormemin et Vernou déjà formulée car les loups « continuent de se multiplier et les fermiers s’en trouvent très inquiets. D’ailleurs, le même jour où il écrivait, les loups avaient tué deux brebis en plein jour malgré laprésence du pâtre, à la ferme de Villemesle, un troupeau de dindes à la ferme de Boursazin et une brebis à la ferme de La Beltrière [32] ».

En 1856, une grande battue aux loups et aux sangliers à lieu à La Ferté St Aubin. Le Journal du Loiret (orthographe et grammaire d’origine) y dépêche son « envoyé spécial » :

« Hier, une battue aux loups et aux sangliers, ordonnée par M. le Préfet a eu lieu sous la direction de M.Jules Darblay, officier de louveterie, dans les bois du domaine des Muids, canton de la Ferté, chez M. le Chevalier Stokkove. Dès six heures du matin, la route de la Ferté était sillonnée de voitures de toutes sortes et couverte de piétons. On remarquait un grand break attelé de trois chevaux qui emportait à toute volée les chasseurs de la Société d’Orléans, dont M. Darblay est le grand veneur. De joyeux compagnons se dirigeaient de tous les environs vers le lieu du rendez-vous.

Vers deux heures, la battue a commencé. D’abord, elle a été mal conduite par les gardes de la localité qui n’avaient pas fait lancer les tireurs à bon vent, ce qui permettaient aux animaux d’éventer les chasseurs. En effet, un loup, poussé sur la ligne des tireurs, est venu aux bords du bois et, se douttant de la frottée, est retourné sur les rabatteurs dont il a forcé la ligne. Deux autres, encore plus prudens, sont allés passer très loin des fusils, dans un endroit découvert et non gardé. Au second tour les choses allèrent mieux.. quatre sangliers se sont trouvés enfermés entre 50 rabatteurs, 30 tireurs et un étang. Tout-à-coup, un coup de feu retentit. Les cris « à vous ! » se font entendre et un feu de tirailleurs commence. Un sanglier tombe percé de cinq balles. Un loup reçoit un coup de feu d’un fermier perché dans un arbre. Un autre sanglier est percé d’un coup de feu , mais il emporte son coup bien loin.

La ligne des rabatteurs se reforme. Des chiens sont lancés sur le sanglier blessé qui résiste, et, faisant tête aux chiens de temps en temps, parvint à gagner la forêt de la Villette où le piqueur Renaud a toutes les peines du monde à rallier sa petite meute, vers le soir. Dans une autre enceinte, deux sangliers sont signalés. L’un d’eux, le « Père Michel » de l’endroit, traverses, en grognant, un fourré, mais là un ancien garde de M. Mareille, le père Dubois, un malin qui connaît les passées, l’attend et lui transperce le cœur à 40 pas. Aussitôt il crie « l’hallali ! ». Les tireurs se réunissent, une fanfare est sonnée et le «Père Michel » expire aux bruits de la trompe qui lui chante l’hallali en guise d’oraison funèbre. Le « Père Michel » pesait 120 kilos.

La battue recommence. Deux sangliers sont encore signalés, mais, plus prudents que le « Père Michel », ils forcent la ligne des traqueurs et fuient le danger. En vain, un jeune gars lance son bâton sur le dos d’un grand crasseux de sanglier encriant « à moi ! à moi ! » . Le gros moricaud répond à ses cris par un grognement plein d’élégance et court encore.. En somme : 7 sangliers et 6 loups ont été vus, 2 sangliers ont été blessés et tirés et 1 blessé ainsi qu’un loup. Tel est le résultat de cette journée, dans un pays très difficile à garder. Le soir, les voitures reprenaient la grande route emportant les chasseurs vers leur foyer respectif » .

Le lendemain, le journal publie le complément suivant : « Nous recevons de nouveaux détails sur la battue dont nous avons parlé dans notre numéro d’hier. C’est le garde de M. le Chevalier Stokkove qui a partagé, avec le père Dubois, les honneurs de la journée entuant le gros loup qui avait gagné son fourré après avoir reçu un coup de feu.Ce magnifique animal a été retrouvé mort, hier, dans les bois. A quelque distance de là gisait le « Père Michel no 2 » gros sanglier qui conservait encore après sa mort l’attitude goguenarde qu’il avait eue pendant sa vie crottée. Le total des animaux tirés dans la journée de mercredi a donc été de trois sangliers et d’un loup, mais les chasseurs estiment qu’il reste encore bien une vingtaine de sangliers et une douzaine de loups. Avis au grand louvetier ! [33]» .

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Extraits de « Le loup, autrefois, en Sologne et dans ses environs » thebookedition.com (2014)

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Sources :

[1] J. Perrève .Traité des délits et des peines de chasse dans les forêts de l’Etat . Bourges. 1845.

[2] Ernest Plat . Cartulaire de l'abbaye royale du Lieu-N.D.-lès-Romorantin (Ordre de Citeaux) publié d'après l'original,avec, une introduction, un appendice & des notes historiques. Standachar Editeur. 1892.

[3] Mémoires de la Société Archéologique de l'Orléanais, tome 6, 1863, page 389.

[4] Edition électronique (site http://elec.enc.sorbonne.fr ) du Formulaire d'Odorat Morchesne, XVème siècle.

[5]La Gazette de France, 9 février 1766.

[6] M. de Martonne Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 : Loir-et-Cher, 1887.

[7] Louis Bergevin, Alexandre Dupré. Histoire de Blois, volume 1. Blois. 1846.

[8] Délibération de la commune d’Aubigny-Village, à la date du 3 avril 1790, à la fin d’un registre de l’an IX. (Source : blog internet Sauldre Sologne et Pays Fort).

[9] André Prudhomme. A propos de loups. La République du Centre, juillet 1981.

[10] Archives départementales du Cher antérieures à 1790 Archives civiles, tome premier 1883.

[11] Arthur Michel de Boislisle, correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants de province. 1897, cité par JM Moriceau . L’homme contre le loup, une guerre de deux mille ans. Fayard. 2011.

[12] A. Liger. Petites nouvelles de Pithiviers. Bulletin de l’U3A de Pithiviers, no 9, octobre1983.

[13] Bulletin de laSociété archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois 1907, tome 46.

[14] Archives du Loir et Cher.

[15] AndréPrudhomme. Autrefois les loups en Loir et Cher, Mer. 1993.

[16] Archives du Loir et Cher.

[17] archives du Loir et Cher.

[18] Archives du Loir et Cher.

[19] Extraits de Philippe Antoine Merlin. Répertoire universel et raisonné de jurisprudence chez J.-B. Garnery, 1812.

[20] Jugement du 28 prairial an X. Source Répertoire universel et raisonné de jurisprudence.Chez J.-B. Garnery, 1812.

[21] Inventaire sommaire des archives départementales du Cher antérieures à 1790, Volume 1,1883.

[22] Traité des Droits Seigneuriaux et des matières Féodales par M. Noble François De Boutaric,Toulouse, 1775.

[23] Journal des haras, chasses, et courses de chevaux, des progrès des sciences zooïatriques et de médecine comparée. Volume9, 1853.

[24]Anonyme. Causeries forestières. Annales forestières Tome 5,1846.

[25] Josias Fuller Farrer. Souvenirs de chasse à courre. Bruxelles.1868.

[26]Rapports et délibérations - Conseil général du Loir-et-Cher. 1872.

[27]Circulaire du Directeur Général de l'Administration des Forêts du 22 juin 1840cité par J. Perrève, Traité des délits et des peines de chasse dans les forêts de l’Etat. Bourges, 1845.

[28] Orthographe d’époque

[29] Rapport du Préfet et délibérations du Conseil général. Loiret. 1884.

[30] Données collectées par Melle Chevalier. Le Journal de Gien, 18 janvier 1979.

[31] Données collectées par Melle Chevalier. Le Journal de Gien, 18 janvier 1979.

[32] Archives départementales du Loir et Cher, liasse 4 M 72.

[33] Le Journal du Loiret, 28 et 29 mars 1856, document communiqué par M. Petit de La Ferté st Aubin.