Le duc de Berry, ses chasses, ses chiens, son père et l'ours..

L’ours occupe une grande place dans l’univers symbolique du Duc de Berry, à qui l’on doit la réalisation des célèbres enluminures « Les Très Riches heures du Duc de Berry » et, entre autres, la construction du château de Mehun sur Yèvre.

Le Duc de Berry (1340-1416) est le fils du Roi Jean le Bon (1319-1364). La cour réside alors à Bourges, une ville dont le saint patron est Saint Ursin (ours) et où l’on conserve encore un élément (la porte Saint Ours) d’une collégiale, détruite au XVIIIème siècle, où sont représentés des oursons. Dans la crypte de la cathédrale, on peut également voir le monument funéraire du Duc de Berry qui montre son animal favori : un ours sculpté couché au pied du gisant du défunt. 

Capture d’écran 2016-02-17 à 15.41.50

Jean de Berry, collectionnait les animaux dans sa ménagerie de Mehun sur Yèvre . Quelles espèces possédait-il ? Des dromadaires, des autruches, des ours, des chamois, des chiens de chasse, des lévriers, affirme le comte Paul Durieu en 1909 lors d’une séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres [1]. « Au milieu de ces bêtes exotiques note Jules Guiffrey en 1894 [2] l’ours reste le préféré » .

Ses ours, « placés dans une charrette » le suivent en effet du château de Mehun au palais de Bourges et lors de ses déplacements, sous la conduite de leur gardien, Colin de Bléron. Le métier n’est d’ailleurs pas toujours sans danger : On sait grâce aux comptes de l’époque qu’un nommé Lorin l'archer reçoit 45 sous tournois en 1398, « pour se faire guérir de la blessure qu'il a reçue de l’ours de Monseigneur ».

Le père, Jean le Bon, chassait dans la région de St Flour avec des chiens « mâtins » utilisés pour la chasse à l’ours, une espèce qui était, semble-t-il, encore présente en Auvergne à cette époque. Quelques documents témoignent de cette présence : en 1377, l’abbé d’Aurillac lui fait don de deux oursons capturés sur ses terres [3] . En 1378, ce sont deux ours vivants qui lui sont offerts par l’évèque du Puy A la fin du 19ème siècle, c’est en Lozère qu’un ours est abattu d’après un témoignage d’un conservateur des Eaux et forêts, Paul Marie Weyd [4].

Jean le Bon posséda aussi une meute de chiens « allans ». « C’étaient, dit Marcellin Boudet [5] des chiens de très grande taille, très féroces, ayant quelque chose du grand lévrier avec une tête carrée et de puissantes machoires uniquement destinées à chasser l’ours, le loup et le sanglier. Il était impossible d’emmener de telles meutes en des déplacements qui pouvaient tourner en expéditions de guerre. Alors, si le Duc a envie de chasser la grosse bête, il réquisitionne des « mâtins » du pays et tout le monde rivalise de zèle pour lui en amener ».

Pour plus de détails sur ce type de chiens voir ce site qui décrit d’une manière assez convaincante les diverses formes de chiens utilisés à l’époque de Gaston Phébus. 

On y découvrira l’alan gentil, ressemblant au lévrier, « le seul canidé, de par sa noblesse et son élégance à accéder au château », l’alan vilain , molosse de garde, proche de notre actuel rottweiler, ancêtre des chiens de bouchers, les « bouviers » et l’alan vautret, intermédiaire entre le lévrier et le molosse, ressemblant à l’actuel dogue argentin, un chien présent dans tous les pays et à toutes les époques.

Parmi les hypothèses qui ont pu être émises sur la nature de certaines « bêtes féroces » historiques comme la bête du Gévaudan au 18ème siècle (et quelques autres) il en est une qui vient à l’esprit : celle qu’il pouvait d’agir de ce type chiens errants, ensauvagés, peut-être plus ou moins hybridés avec d’autres canidés à la réputation sulfureuse : les loups.

L’hypothèse est incertaine mais les descriptions d’époque qui ont pu être faites de ces étranges molosses militent pour elle.. Voir à ce sujet « Drôles de loups et autres bêtes féroces » 

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sources


[1] Paul Durieu, Les petits chiens du Duc Jean de Berry, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, no 11, 1909

[2] Inventaires de Jean duc de Berry (1401-1416) publiés et annotés par Jules Guiffrey (1894). Ernest Leroux, Paris 1894

[3] Lucien Jean Bord, Jean-Pierre Mugg, La chasse au Moyen Âge: Occident latin, VIe-XVe siècle. Le Gerfaut. 2008.

[4] Paul Marie Weyd. Les forêts de la Lozère. Paris/Lille. 1911.

[5] Marcellin Boudet. L’ours et le gros gibier dans la haute Auvergne d’autrefois. Revue de la haute Auvergne, Aurillac. 1911.