Les loups-cerviers

Texte rédigé à partir de « Le loup, autrefois, en forêt d’Orléans » (2011) (CPE éditions), « Le loup, autrefois, en Beauce », « Le loup, autrefois, en Sologne » (2014) « Drôles de loups et autres bêtes féroces » (2015) et « Le lynx, en France, autrefois, en France » (2016) (thebookedition.com)

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De nombreuses confusions entre le lynx et le loup ont troublé l’histoire de ces deux espèces. Le terme « loup cervier » ayant pu désigner l’une ou l’autre et induire en erreur les meilleurs historiens.

Quels étaient donc ces animaux qualifiés de « loups-cerviers » dans la littérature ancienne ou dans les archives ? Des loups « mangeurs de cerfs » ou des lynx ?

Les deux, sans doute, selon les époques, selon les auteurs et selon les lieux !

Sans oublier quelques invités surprise comme les « loups-garous », ( loups dont il faut se garer ), ou les hyènes que l’on retrouve ici et là dans les écrits consacrés aux « bestes » historiques, en particulier celle du Gévaudan.

En Indre et Loire, à Chisseaux, en 1747, une fillette est tuée « par un loup étranger que l’on croit être un loup cervier » écrit le curé [1]. A Céré la ronde, l’année suivante, ce sont des « animaux inconnus » mais que l’on pense « être des loups cerviers » qui attaquent dans la paroisse cinq filles de 14 ans et une femme de quarante ans [2].

Dans le Loiret, en 1653, le curé de Batilly en Gâtinais parle dans son registre des exactions de « bestes » qui étaient « comme un grand lévrier, on ne sait si c’étaient des loups cerviers [3] ». Près de Beaugency, en 1785, un autre « loup cervier » désole le pays [4]. Dans la Sarthe, en 1845, un « animal extraordinaire » fait des dégâts. Selon la plus commune opinion, écrit le journal la Province du Maine, c’était une hyène ou un loup-cervier [5] .

En forêt d’Orléans, vers 1700, de « furieux animaux » inquiètent la population. Un historien de l’époque, Isaac de Larrey s’interroge sur leur nature : « De furieux animaux, qu'on n'avoit point encore vus, ne firent pas de moindres désordres que les voleurs, et n'occupèrent pas moins les foins et les armes de la Cour. Ceux d'Orléans y envoièrent au mois d'avril des députez pour demander du secours contre les loups cerviers de leur forêt, qui faisoient tous les jours des ravages épouvantables, devorans des femmes et des enfans jusqu'aux portes de leur ville. Cet animal est extrêmement féroce, et tient de l'ours, du lion et du tigre, dont il a la cruauté, et du loup, dont il a l'avidité : c'est pourquoi il en porte le nom avec le surnom de cervier, parce qu'il est friand de la chair du cerf, plus que de toute autre. Quelques uns le confondent avec le lynx, soit à cause qu'il lui ressemble par son poil et par ses taches qui tiennent du léopard, soit à cause de la subtilité de sa vue [6]».

En Touraine, à la fin du XVème siècle, des animaux carnassiers (désignés collectivement sous le nom de « La bête de Benais ») font des ravages parmi la population. L’intendant de Touraine, M. de Miromesnil organise des battues et écrit dans un rapport de juin 1693 : « Les loups ont tué autour de Benais plus de soixante-dix personnes et en ont blessé autant ». A quelques lieues de là, à Varennes sur Loire, le curé se montre plus circonspect : « Ellesétaient presque de la façon d'un loup sinon qu'elles avaient la gueule plus grande... Lorsqu'elles voyaient des personnes, elles les flattaient à la manière d'un chien, puis leur sautaient à la gorge : on croyait que c'étaient des loups cerviers, on n'en était pas sûr ».

En Limousin, à propos des « bêtes inconnues qui parcouraient le Limousin », Louis Gibert écrit dans le bulletin de la Société Archéologique : « On ne peut dire quelles étaient ces bêtes, ce qu’il y a de plus probable, c’est que c’étaient des loups cerviers ». Mais en 1903, dans un autre article, il écrit que « derrière les histoires de loups garous, de chasse volante, de bêtes dévorantes, dont la fameuse bête du Gévaudan est le type, se cachent des crimes et de nombreux méfaits [7] ». Ah ! Dommage, on commençait à y croire..

En 1754, en 1758, c’est dans le Lyonnais que des bêtes féroces inquiètent la population.. En 1754 une battue est organisée qui rassemble 2000 hommes dans 26 villages différents. Des consignes sont données qui visent à rassurer la population : « Messieurs les officiers et les bas officiers des fusilliers et ceux des traqueurs feront tous leurs efforts pour détruire dans leur peuple le fanatisme des loups-béroux et leur prouver que ce ne sont que des loups ordinaires qui malheureusement sont accoutumés à manger de la chair humaine et quand même il se trouverait dans les bois, ce que je ne crois pas, des loups cerviers, des ours et des tigres, il faut leur prouver que ce ne sont que des bêtes qu’un coup de fusil tue et qu’il est nécessaire de détruire [8]».

Dix ans après ces évênements, l’abbé Mygueri, curé de Tarare, s’étonne de voir la bête du Gévaudan se métamorphoser au gré des témoignages. Il écrit : « Ce qui me surprenait étoit de voir les nouvelles publiques métamorphoser cette bête en toute sorte de façons, lui donner une quantité de figures différentes et souvent opposées les unes aux autres : l'appeller souvent un monstre, quelquefois un loup cervier, plue souvent une hienne, sans que personne osât la qualifier simplement de loup ».

A propos des croyances dans les « loups-garous », à signaler cette mise en garde d’un autre curé, celui de Sourcieux sur l’Arbresles qui relève cette superstition dans son registre paroissial : « L'année mil sept cent cinquante cinq, dans le carême, et l’an 1756, deux loups cerviers, que les personnes de la campagne appellent loups garous au commencement de leurs ravages (…) le grand nombre des paysans soutiennent même que des personnes couvertes d'une peau dévorèrent et mangèrent en tout on en partie, environ 25 personnes, ou à Savigny, où elles commencèrent à paraître etc.. [9] ».

L’affaire de la bête dite « de Primarette », en Dauphiné, est intéressante à plusieurs titres. D’abord parce que le curé qui procéda aux inhumations d’enfants croqua sur son registre plusieurs dessins particulièrement évocateurs de têtes de carnivores ressemblant à des loups. Il semble, à la lecture des actes du curé qu’aucun doute ne subsiste quant à la culpabilité du loup, à chaque fois désigné comme un loup « carnassier » ou comme un « loup-cervier [10]» . Sur son registre, il résume ainsi les évênements de l’année 1747 : « Il y a eu cette année grande quantité de glands, les loups carnassiers ont dévoré trois enfants dans Primarette, on croit plus probablement que c'était des loups-cerviers, et le vulgaire soutient que ce sont des loups-garoux ».

Dans la région du Causse noir sévit vers 1799 une bête que l’on va appeler la « bête de Veyreau ». Le curé Casimir Fages [11] nous en parle dans son « livre paroissial ». On retrouve dans son texte des éléments de description déjà rencontrés par ailleurs qui interpellent : ressemblance avec le lévrier, proies constituées d’enfants, braiements d’âne, sauts et bonds, capacité à traverser les troupeaux sans l’effrayer : « Sa taille était plus svelte que celle d’un loup ; elle était dans sa marche d’une telle agilité qu’on la voyait dans un lieu, et quatre ou cinq minutes après on la voyait à une lieu de distance dans un autre endroit. Elle avait la tête et le museau d’un gros loup. On l’avait vue traverser des troupeaux sans y faire aucun mal, elle n’en voulait qu’aux enfants. Qu’était cette bête ? L’on ne saurait la classer dans le genre des animaux connus dans le pays ; Mr Caussignac prétendait que c’était une hyène ; Mr Gaillard, curé de St André, la croyait un loup-cervier, et le vulgaire lui donnait le nom de loup-garou ».

Voyons, à propos des loups cerviers, ce que disaient les anciens ..

Pour Pline, le loup cervier « à la forme du loup et la robe du pard[12] ». Qu’est-ce qu’un pard ? Le bestiaire médiéval nous explique qu’un pard, lorsqu’il s’accouple avec le lion produit… le léopard ! CQFD. Une simple histoire de famille recomposée, donc..

Pline écrit encore que « c’est dans les jeux donnés par Pompée que l’on a vu pour la première fois le loup cervier ». En 1867 le philologue et archéologue Ludwig Friedländer reprend cet écrit de Pline et ajoute : « A ces mêmes jeux, on vit aussi pour la première fois le chama des Gaules, ou rufius dans l'idiome de ce pays, de la forme du loup et moucheté comme une panthère. Cet animal, dont César avait probablement fait cadeau à Pompée, et que les Romains appelaient aussi lupus cervarius, n'était, comme on voit, autre que le loup cervier, dont l'espèce s'est perdue en France, mais qui existait encore dans la forêt d'Orléans en 1548 ([13]) ».

La question de ce « loup cervier » de la forêt d’Orléans de 1548 avait été déjà abordée par André Thevet, qui fut explorateur et géographe au milieu du XVIème siècle : « On en vit un en France, il n'y a pas longtemps, lequel sortant de la forêt d'Orléans au pays de Berri, l'an 1548, dévora plusieurs personnes, lequel fut tué par un gentilhomme huissier de la chambre du Roi, nommé Sébastien de Rabutin, seigneur de Savigny Or, n'était toutefois le dit loup , comme le dit seigneur m'a dit, moy étant à Fontainebleau, l'an 1554, semblable à nos loups communs, mais ayant le poil tirant sur le léopard [14] ».

En 1564, Jean de Marconville, donnera une explication supplémentaire, dont il est évidemment impossible d’apprécier la part de vérité, sur l’origine de cette « beste » : « on dit que l’empereur des turcs, Soliman, par grande solidarité, avait envoyé au Roi de France François, Ier de ce nom, quelque nombre de léopards, onces et autres bêtes, non seulement sauvages mais aussi cruelles, et qu’il en échappa à ceux qui les amenaient au Roi une ou deux, dans la forêt d’Orléans, qui firent les dommages susdits [15] » .

En 1781, l’anecdote sera reprise par Paulmy d’Argensonqui ajoutera au passage quelques lions et tigres et étendra leur rayon d’action à la Beauce : « Le Monarque Ottoman envoya à l'Empereur François une grande quantité de bêtes féroces , lions , tigres , léopards, etc. Malheureusement ceux qui conduisaient ces animaux, les laissèrent échapper dans la forêt d'Orléans , et ils firent un désordre affreux dans la Beauce et les pays circonvoisins. Par bonheur , le climat de la France étant trop froid , ils n'y purent perpétuer leur espèce [16]» .

Si l’on suit l’hypothèse de Jean de Marconville, le phénomène actuel des « espèces invasives » était donc déjà connu au XVIème siècle ! A moins que la relation de cette affaire de léopard turc n’ait eu quelque obscure raison sociale ou politique, une sorte d’ours slovène avant l’heure en quelque sorte.. Michel Murger dans son étude sur les félins exotiques [17] évoque cette hypothèse :

« Marconville insiste sur la cruauté des léopards évadés . Ce caractère les rendait particulièrement aptes à symboliser la férocité attribuée aux Ottomans, la «cruauté turcique » comme dit Marconville dans un autre passage de son œuvre. Par son alliance avec le croissant, le roi de France n’a t-il pas livré la pays aux ravages de félins que les turcs se plaisaient selon une propagande hostile, à déchaîner contre les chrétiens ? ».

Que pensent de tout cela les historiens locaux ? Pour parler de la présence présumée de lynx en forêt d’Orléans, François Lemaire [18] emploie l’expression « des loups cerviers et autres bêtes cruelles » . L’historien de la forêt d’Orléans Paul Domet [19] , prudent, reprend les mêmes termes mais sans les commenter. Un autre historien local, De Maulde, cite également Lemaire et tente d’établir une distinction entre lynx et loups mais sans apporter d’éléments convaincants se bornant à dire : « les lynx, généralement plus rares que les loups étaient aussi remarquablement représentés dans la forêt si l’on en croit Lemaire, qui en 1548, etc.. [20] ».

Les bestiaires médiévaux reprirent pratiquement mot à mot la description de Pline. Dans un document intitulé « Sur les traces du lynx », publié en 1995, Elisabeth Halma Klein [21] livre plusieurs définitions du lynx, issues notamment des bestiaires d’Isodore de Séville, d’Ashmole, de Lattini… On retrouve dans ces bestiaires des indications sur le « pelage tacheté » de ces animaux, probablement inspirées de Pline : « Lincis vient de ce que cet animal est rangé dans l’espèce des loups. La bête à le dos marqué de taches comme le pard mais elle ressemble au loup » ( Isodore de Séville ) . « Il est une bête appelée lincis qui fait partie de la race des loups. C’est une bête au pelage bigarré, comme le pard, mais qui ressemble au loup » (Ashmole) . « Il existe une autre espèce de loup que l’on appelle cervier, ou lynx, qui sont pommelés de tâches noires tout comme le léopard, mais pour le reste, ils sont semblables au loup » (Lattini).

A la fin du moyen-âge, les auteurs cynégétiques s’en mêleront et tenteront également d’identifier ou de différencier lynx et loups cerviers. Non sans mal :

Pour Gaston Phébus, il y a diverses espèces de chats sauvages, « il y en a qui sont grands comme des léopards, et on les appelle tantôt loups-cerviers, tantôt « chats-loups » et c’est mal dit car ils ne sont ni loups-cerviers ni chats-loups. Il vaudrait mieux les appeler « chats-léopards » qu’autrement car ils ont plus de traits communs avec le léopard qu’avec aucune autre bête [22]».

Dans son célèbre ouvrage « la Vénerie »,le veneur Jacques du Fouilloux écrit plus sobrement au XVIème siècle, « cerviers sont chats sauvages, grands comme léopards [23] », mais la palme du pittoresque revient incontestablement à un nommé Liger, en 1790 : Le loup-cervier , que quelques-uns confondent avec le linx, est extrêmement faroucheet vorace. Il a la tête petite, les yeux étincelants, la vue excellente, l'air gai, les oreilles courtes, une barbe de chat, les pieds fort velus, le fond du ventre blanc avec quelques taches noires, et les extrémités du poil de dessus le dos tirant fur le blanc, avec des mouchetures fur tout le corps. Ces animaux sont plus communs en Pologne, Moscovie et Suède, qu'ailleurs : ils vivent de chair, surtout de chats sauvages et de cerfs, sur lesquels ils se ruent avec une extrême voracité comme le loup, d'où leur vient le nom de loups cerviers. Ils se cachent quelquefois sur des arbres, et, de là ils se jettent fur les animaux à quatre pieds , leur mangent la cervelle , et leur sucent le sang. Aussitôt que le loup-cervier a pissé , son urine se glace, et il s'en forme une espèce de pierre luisante qui le fait découvrir quand il n'a pas eu le temps et la malice de la couvrir de terre. 11 y a des pays où on les fait brûler tous entiers avec leur peau et on dit que la cendre en est bonne pour arrêter le prurit et la chaude-pisse aux hommes qui en avalent dans de l'eau, et l'ardeur des femmes qui s'en lavent. Quoi qu'il en soit, l'Orléanais ayant été infecté de ces bêtes farouches en 1700, on les détruisit par le fusil [24]».

D’autres auteurs semblent tout aussi indécis sur la nature de ces carnivores comme Jean Joseph Expilly, en 1768 : « De temps en temps, on en voit sortir des loups-cerviers et d'autres bêtes féroces , qui causent bien des désordres dans les campagnes voisines [25] ». Ou encore du Tillet [26] près d’un siècle avant (en 1678) qui mentionne également la présence en forêt d’Orléans de « loups-cerviers », mais n'exclue pas qu'il puisse s'être également agi d'autres bêtes puisqu’il écrit : « des loups cerviers et autres bêtes cruelles sortant de cette forêt et s’épandant par la France dévoraient hommes et femmes ».

La forêt d’Orléans fournisseur de « bêtes cruelles » pour toute la France ? Cet historien semble avoir été quelque peu emporté par son élan.. et avoir inspiré un certain Amédée Pichot qui écrivit en 1825 que les loups « s’étaient tellement multipliés en forêt d’Orléans qu’ils venaient quelquefois dérober les enfans au milieu des rues … de Blois [27]». L’histoire ne dit pas si nos bêtes cruelles, métissées ou non de léopards turcs, s’exportèrent jusqu’en Gévaudan !

Quant à Buffon, il émet l’hypothèse que c’est le hurlement du lynx « qui ressemble en quelque sorte à celui du loup » qui a fait qu’on l’ait appelé « loup cervier », puis il jette l’éponge :« Ne seroit-il pas plus simple, plus naturel et plus vrai de dire qu’un âne est un âne, et un chat un chat, que de vouloir, sans sçavoir pourquoi, qu’un âne soit un cheval, et un chat un loup-cervier ? [28] ».

Les connaissances zoologiques des temps anciens étant bien entendu fort sommaires, rares sont les chroniqueurs qui tentèrent d’étudier ou de décrire ces « bêtes cruelles » d’une manière qui soit compréhensible aujourd’hui..

Il serait bien hasardeux d’accuser des lynx – manifestement localisés depuis fort longtemps dans les seules régions de montagne - des méfaits commis par le loup qui était une espèce largement répandue, y compris dans les régions de plaine !

Le lynx, le vrai, était présent dans les Pyrénées, dans le Massif central et dans la plupart des régions alpines, et seulement là. Certaines descriptions d’époque sont d’ailleurs assez précises pour lever tout doute sur l’identité de l’animal:

« Le lynx ou loup-cervier est une espèce de chat, remarquable par le pinceau de poils qui surmonte ses oreilles. On le trouve dans les Pyrénées (1883) [29]».

Sa couleur est fauve, roussâtre en dessus, et sur les flancs mouchetée de brun. Le bord des paupières noir, les oreilles, courtes et blanches en dedans, sont noires près des bords et ont sur la pointe un bouquet de poils en forme de pinceau. Les parties ultérieures et la face interne des jambes de couleur cendrée avec des taches fauves et noires (1819, Pyrénées) [30] ».

« Un loup-cervier [felis lynx) de la taille d'une panthère, jeune, mais décharné par la famine, étalait ses dents blanches et aiguës, et les griffes en avant, faisait bonne contenance à la façon des chats à qui on coupe la retraite (…) Les pinceaux terminaux des oreilles commençaient à pointer, et l'on dislingue vaguement, sur le pelage fauve doré, les rudiments de taches noires qui font ressembler cette splendide bête de proie au léopard. [31] » (Alpes maritimes, 1863).

« Nous devons signaler, au point de vue zoologique, la présence dans la forêt de Brouis, où l'on en rencontre encore quelquefois, Le Lynx ou Loup cervier, Félis Lynx L, est bien connu et redouté des bergers de la région qui l'appellent « le loup qui monte dans les arbres [32]».

Certains écrits mentionnent d’ailleurs conjointement la présence du loup et du lynx ce qui élimine tout risque de confusion entre le félin et le loup :

1557 : Henri II donne aux habitants de St Julien en Maurienne le droit de chasser le dimanche aux « chamois, ours, cerveys (loup-cervier ou lynx), loups et autres bestes ravissantes, avec haquebute (arquebuse) et tous autres bastons (toutes les armes offensives ou défensives) [33] ».

En 1806, écrit Perrin Dulac « Le linx ou loup cervier n'est pas rare dans l'Isère. On en a vu et on en voit encore en assez grand nombre. On le tue ordinairement avec les loups communs, auxquels il se joint [34]».

En conclusion, le terme " loup-cervier" a été employé dans le passé pour parler indifféremment du loup et du lynx. Seul le contexte (descriptions de l'animal quand elles existent) et la localisation peuvent permettre d'identifier l'espèce avec un risque d'erreur limité.. 


Sources 

[1] Frédéric Gaulthier. La Bête du Val de Loire, éditions Sutton. 2007.

[2] Registres paroissiaux de Céré la ronde, 1748.

[3] Registres paroissiaux de Batilly en Gâtinais.

[4] Jacques Baillon, Nos derniers loups, les loups autrefois en Orléanais, Histoire naturelle, folklore, chasse. Orléans 1990.

[5] La Province du Maine N°10 du 15 mars 1845.

[6] Isaac de Larrey. Histoire de France sous le règne de Louis XIV, volume 2, Rotterdam 1722.

[7] Bulletins de la Société archéologique et historique du Limousin 1882, 1886 et 1903.

[8] Julien Buchet, (citant JM Moriceau) Sources documentaires sur les bêtes du Lyonnais, 1754-1757, blog internet « Les bêtes du lyonnais » mars 2012.

[9] Registre paroissial de Sourcieux sur l’Arbresle, 14 février 1757, cité par Julien Buchet dans Sources documentaires sur les bêtes du Lyonnais, 1754-1757, blog internet « Les bêtes du lyonnais » mars 2012.

[10] Pris au sens de « loup mangeur de cerf » plutôt que « lynx » (que l’on désignait aussi de cette manière). A noter que les anciens distinguaient plus « sortes » de loups dont les loups dits « cerviers », plus gros, donc plus aptes à s’attaquer à des proies de grande taille.

[11] Livre paroissial de Casimir Fages, rédigé vers 1870 (Source : Bernard Soulier, site internet www.amilo.net).

[12] Pline l’ancien. Histoire naturelle, livre VIII.

[13] Ludwig Friedländer et Charles Vogel. Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins. 1867.

[14] André Thévet. Cosmographie du Levant. 1556.

[15] Jean de Marconville. Recueil memorable d'aucuns cas merveilleux advenuz de noz ans. Chez Dallier. Paris. 1564.

[16] Marc Antoine René de Voyer de Paulmy d’Argenson. Mélanges tiés d’une grande bibliothèque, volume 20, chez Moutard, 1781.

[17] Michel Meurger : les félins exotiques dans le légendaire français. Communications. 1990. volume 52 numéro 1.

[18] François Lemaire. Histoire et Antiquitez de la ville et du duché d’Orléans. 1645.

[19] Paul Domet. Histoire de la forêt d’Orléans. Herluison. Orléans. 1892.

[20] René de Maulde. Etude sur la condition forestière de l’Orléanais au Moyen-âge et à la Renaissance. Orléans. 1871.

[21] Elisabeth Halma Klein. Sur les traces du lynx . Médiévales, volume 14, numéro 28, printemps 95.

[22] Gaston Phébus. Le livre de la chasse. XIVème siècle.

[23] La vénerie de Jacques du Fouilloux. Poitiers. 1561.

[24] Sieur Liger. La nouvelle maison rustique, ou Economie rurale, pratique et générale de tous les biens de campagne. Barrois aîné éditeur. 1790.

[25] Jean-Joseph Expilly. Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France,. Desaint et Saillant, 1768

[26] du Tillet .Chronique des rois de France. 1678.

[27] Amédée Pichot .Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Écosse, volume 1. Ladvocat et Gosselin ed. 1825.

[28] Comte de Buffon : Histoire naturelle générale et particulière avec la description du cabinet du Roi, tome 13, 1765.

[29] Emile Mathieu Campagne. Les connaissances utiles. Rouen. 1883.

[30] Journal « La Renommée » no 2,1819.

[31] Le Journal de Nice, cité par Le Petit Journal du 12 décembre 1863. Anecdote également citée dans « Le Cocher : organe de tous les cochers et charretiers de France », 20 janvier 1864.

[32] Annales de la Société d'histoire naturelle de Toulon. 1911.

[33] Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie. Chambéry 1865.

[34] Perrin Dulac. Description générale du département de l’Isère. Grenoble 1806.