Les loups blancs de la Gaudinière

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1847 : Battue dans la forêt de la Gaudinière [1] (Beauce du Loir et Cher). Le vicomte O. de T (il s’agit probablement d’un membre de la famille de Tarragon) raconte dans le Journal des Chasseurs [2] une battue organisée dans cette forêt où une bande de loups « décimaient les chevreuils ». Le vicomte est accompagné d’autres chasseurs : M. de Deservilliers, de Sarrazin, de Lavau, de Louvenmart.

La forêt ayant été repeuplée de cerfs et de biches capturés à Chambord, on craint que la battue ne les fasse fuir : « Il n’y avait qu’un seul moyen de parvenir à une destruction complète des loups sans nuire au reste du gibier, c’était d’attendre la première neige et d’envelopper alors les brigands dans un immense réseau qui permit de les fusiller tous l’un après l’autre.

La battue se met en place avec des habitants de la Ville aux Clerc, des charbonniers, les gardes de la forêt.. Sept loups ont été repérés le matin. « Les tireurs se placent en équerre, les traqueurs en font autant à leur tour. Les préparatifs de l’attaque ainsi combinés, rien ne peut sauver les malheureux, cernés de tous côtés par cette muraille vivante qui va lancer la mitraille et la mort. Bientôt, dans la profondeur de ces bois silencieux, a vibré le fouet formidable du capitaine et, ce signal réveillant pour ainsi dire les échos endormis, soulève sur tous les points à la fois un véritable ouragan de voix humaine. Cet instant est saisissant, solennel, et je crois que les loups, surpris par cet infernal concert ont dû en frémir jusqu’à la moelle des os. Soudain, je vois se diriger de mon côté, bondissant à travers bois, un animal qu’à son pelage tout à fait étrange il m’est d’abord impossible de juger. Serait ce par hasard le loup blanc, ce monstre fabuleux que depuis un an ou deux signale dans le pays le rapport de plusieurs gardes, bûcherons et bergers ? Grand St Hubert ! On ne m’a point trompé et, à mon tout, je ne m’abuse pas moi même. C’est bien lui, un magnifique loup entièrement blanc. Il est arrêté à quinze pas et me regarde en face. Mon coup part. Le sauvage animal qui a reçu la charge en pleine poitrine bondit de rage, pousse des hurlements semblables au hurlement d’un lion, se tord, roule à terre et se dévore les pattes. Je lui envoie, pour le calmer une autre balle dans le flanc, le drôle y répond par de nouveaux hurlements plus affreux encore que les premiers et bientôt, la neige qui l’entoure est rougie de son sang qui s’échappe à flots de ces deux blessures. Certain qu’il n’en peut revenir, je m’empresse de proclamer au loin ma victoire de toute la force de mes poumons : « Hallali ! Hallali ! Au loup blanc ! ».

Cinq autres loups furent tués au cours de la même journée, dont un autre loup blanc tué par un des compagnons du vicomte, M. de Deservilliers. Ce loup blanc va intriguer nos chasseurs et le vicomte va s’interroger en décrivant « les caractères de cette variété curieuse qui n’est pas commune dans l’espèce » :

« Le poil était ras, écrit-il, la robe d’un blanc sale légèrement nuancé de jaune, pas une seule teinte de gris ou de noir, la queue entièrement blanche. Voilà pour le pelage et la couleur. Quant aux formes, l’épine dorsale longue et un peu sortie, la cuisse bien descendue, la poitrine profonde, le ventre harpé, vraie croupe de lévrier, tel était l’aspect général. La tête n’offrait rien de particulier si ce n’est l’extrémité du museau légèrement relevée et des oreilles excessivement courtes ».

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extrait de « Le loup, autrefois, en Beauce » 

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Notes : 


[1] La forêt de la Gaudinière est située près de la Ville aux Clerc, à une dizaine de km au sud ouest de Cloyes sur le Loir.

[2] Le Journal des chasseurs, mai 1847.