Des loups énormes

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Terre cuite d'A. Clément (XIXème siècle). Ph. J. Baillon

Notes éparses (en vrac !) sur le poids ou la taille des loups relevés dans la littérature. Il s’agit d’extraits de « Le loup, autrefois, en Beauce » de « Le loup, autrefois, en Sologne » et de « Le loup, autrefois en Forêt d’Orléans ». Voir ces bouquins ici : Le Bestiaire d’Ysengrin

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En janvier 1855, les habitants de Vrigny, (Loiret) prévenus par un jeune vacher de l’existence de loups dans les bois appartenant à M. de Fougeroux, en lisière de la forêt d’Orléans, tuent « deux loups énormes» et« les promènent dans les rues de la ville [1] ».

Sans date . Le Docteur Dalmon, un naturaliste bellifontain, fait une distinction entre deux types de loups : « On divisait autrefois les loups en deux catégories, les étriqués ou bons chasseurs, qui ne vivaient que de la chasse des bêtes fauves de la forêt : biches pleines, faons, marcassins, bêtes affaiblies ou sur leur fin, souris, charognes des bois, et les gros loups qui vivaient de carnages, vidanges, ou bêtes vives prises à l’homme par maraude [2] »

Un autre cas de probable métissage est mentionné près de Chateauneuf en Thymerais en 1872

« M. le Docteur Poulain, de Chateauneuf, ayant réuni quelques chasseurs dont je faisais partie, le mardi 25 courant, il a été tué neuf lièvres, un chevreuil, puis, pour bouquet un magnifique loup noir abattu par M. Poulain. Ce loup, âgé de sept à huit mois pesait 26 kilos. Un autre loup, également noir, mais beaucoup plus grand, a été également tiré 12 à 15 minutes après à environ 500 mètres du premier par deux chasseurs des nôtres, l’un à quinze, l’autre à vingt mètres de distance. Le loup tué était bien plus fortement constitué quoique plus ramassé que le loup ordinaire.[3] ».

On tue deux loups noirs dans l’Orne, en 1867 et en 1876, le premier dans la forêt de St Evroult et le second, qui pesait 40 kilogs, près de Nécy, par un nommé Pichon, d’Argentan [4].

En mars 1755, à Coulommiers près de Vendôme, un loup enragé « d’une grosseur extraordinaire » entre dans la maison de Jeanne Chapuiseau. Elle s’arme d’une pique et le met en fuite ; puis le poursuit. Mais l’animal furieux se jette sur elle et la mord en plusieurs endroits, particulièrement au visage et au sein. Elle parvient à le tuer mais elle meurt de la rage quelques jours après [5].

Le Roi Louis XIII chasse le loup en pleine Beauce : le 25 septembre 1627, il prend un loup « d’une excessive grandeur» à Janville [6].

1840 : Une louve et sept louveteaux sont tués à Voves, près de Chartres. « Cette louve, écrit le Journal du Loiret, , qui eût pu être très funeste à cette partie de la Beauce ou il existe de nombreux troupeaux , est de la plus grande espèce ; sa longueur est au moins d' un mètre soixante-deux centimètres ; elle est âgée de trois à quatre ans [7] ».

1845 (4 décembre) . Battue dirigée par le marquis de Gasville dans les bois de Montpipeau : 

« Plusieurs loups ont été vus et tirés dans le courant de la journée. L’un d’eux, d’assez forte taille, est venu sauter sur la route du Mans, à quinze pas de deux gardes, et, pris entre deux feux, s’est acculé grièvement blessé, dans un fossé, où, bientôt, entouré par toute la meute, il a fait un hallali superbe [8]».

1845 : Un loup et une louve « énormes » sont tués dans la forêt de La Ferté Vidame. « Ces dangereux animaux étaient venus dans la nuit précédente jusque dans le bourg de La Ferté. Cinq autres loups sont tués dans la même forêt au lieu dit la Fleuvière [9] ».

En 1849, le Journal du Loiret [10] fait état de plusieurs de ses chasses : « M. Morand , en chassant seul , a tué , pendant le mois de janvier dernier , dans la forêt d' Orléans , à diverses distances de Mareau , et en trois sorties , trois loups de première force , dont une femelle et deux mâles . La louve et un des loups étaient d' une taille ordinaire mais le dernier loup était d' une grosseur remarquable , les connaisseurs ont évalué son âge à 13 ans au moins ».

1856 : Un lecteur du Journal du Loiret signale à la rédaction la destruction de deux loups près de Huisseau sur mauves par deux frères, à quelques années d’intervalle : « Hier plusieurs habitants de Huisseau-sur-Mauves ont fait la chasse à deux loups qui sont venus se réfugier dans les bois de Verrelles , propriété de M. Dupuis , conseiller à la cour impériale . L' un des deux loups , énorme par sa grosseur et pesant 46 kilos , est tombé sous le coup de fusil de M. François Lambron fils , à Verrelles .[11] » .

1856 Aschères le marché : Les tireurs , satisfaits , rentrèrent au bourg d' Aschères avec leur capture d' une belle taille et d ' un beau poids , puisqu' elle pesait 50 kilog. Le maire , Guérin [12] ».

1871 : « La semaine dernière une chasse aux loups a été faite dans les forêts de M le marquis d’Aligre aux environs de Pontgouin. Quatre loups ont été tués, dont trois du poids de 75 kgs et un gros âgé de trois ans pesant 40 kgs.

XVIème siècle : « Le loup disséqué par MM Arnaud de Nobleville et Salerne avait près de quatre pieds de longueur [13] depuis le bout du nez jusqu'à la naissance de la queue qui était longue, grosse et touffue

Date inconnue : « Sa figure avait beaucoup de rapport avec celle du loup ; il y avait cependant des différences marquées (…) Sa mesure depuis l’extrémité de la queue jusqu’au bout du museau, était de cinq pieds et demi (1,80 m) [14]

« On crie toujours le loup plus grand qu’il n’est », dit le proverbe. Les rencontres avec l’animal frappent les imaginations de nos ancêtres et leurs récits en font foi. Ainsi, à Sancerre, en 1872, on voit un loup que la presse de l’époque qualifie « d’énorme ». La Chasse illustrée, qui relate l’événement, ajoute que « sa présence a été l’occasion d’une démonstration peu hospitalière de la part de la gent canine qui poussait des hurlements à son approche [15] » .

Même observation à Vierzon, en 1844: « Depuis longtemps, un loup énorme jetait la désolation parmi les cultivateurs de Vierzon-village. Chaque nuit, il marquait son passage par la destruction de chevaux, de porcs ou de bêtes à laines [16] » .

A Gien, en 1780, les lieutenants de la louveterie du Roi, Bizot et Vée tuent huit loups « d'une grosseur prodigieuse», écrit la Gazette de France [17], « ce qui a procuré une grande tranquillité dans ce canton ».

A noter que ces « gros loups » ne sont pas une spécialité locale : ici ou là en France, on signale la présence de loups de taille ou de poids exceptionnels mais il est bien difficile de se rendre compte de la réalité de ces descriptions… Ainsi, en 1868, un « loup énorme» est tué dans la Loire, en 1867, c’est une « énorme louve» qui est abattue en Seine Maritime.

Un loup « de taille gigantesque» est tué dans le haut-Rhin en 1868. En 1880, c’est un loup « d’une taille extraordinaire » qui est tué en haute Marne [18] . Dans le Calvados, on mesure un loup tué en 1868 : « Agé de cinq ou six ans, il mesurait de l’os frontal à la naissance de la queue 1m 40, 85 cm de haut et pesait 45 kg, plusieurs chasseurs expérimentés ont vu et examiné ce loup et sont tous d’avis que l’on en rencontre bien peu de cette force » [19]. En Dordogne, en 1876 un autre loup, dont l’âge est estimé à onze ans mesurait 1m70 de longueur sur 0,72 m de hauteur [20].

On lit dans le Journal d'un bourgeois de St Aignan qu’en forêt de Choussy, en 1715, après une battue qui réunit près de 600 personnes, on tua un loup, venu se cantonner dans la forêt de Choussy « d’une prodigieuse grandeur et grosseur». L’animal, tué par un habitant de Oisy, « avait fait depuis six mois un carnage aux environs de Montrichard et Pontlevoy et mangé plus de 60 personnes, plus particulièrement des enfants [21]» .

1876 : En mars, « un loup de 40 kg est tué dans les bois de la ferme du Petit Vaullier à Chaumont sur Tharonne. La femelle n’en pesant que 32 avait été tuée peu avant sur la même propriété. La destruction de ces animaux a causé la plus grande joie à tous les fermiers de cette commune [22] » 

1882 : Un loup pesant 50 kilos est tué aux Buissons, à Brinon sur Sauldre par Amable Fassault, le 15 juillet, aidé par le garde de la Minée, M. Rousseau [23] . Un loup est tué à Chaon par Phallier Prat [24]

Le 24 novembre, Philippe de Montbel, propriétaire au château d’Argent tue avec une arme à feu au cours d’une battue dans les bois du Colombier une louve adulte « paraissant pleine » de 23 kg [25].

1883 : Une louve pesant 21 kg est tuée à Blancafort, , par Jean Déporté, garde particulier et dans la même commune un loup de 20 kg est « tué d’un coup de fusil » par un garde nommé Jean-Michel Chestier [26].

1884 : Mézières les Cléry. « Depuis quelque temps , les loups qui avaient élu domicile dans les bois de cette commune , appartenant à Mme .la vicomtesse d' Orsanne , causaient pas mal de ravages aux alentours . MM . Garnier, régisseur, et Faloux , garde particulier, imaginèrent de les détruire à l' aide du poison . Pour ce faire , ils déposèrent des boulettes aux endroits qui recevaient particulièrement la visite de ces hôtes carnassiers et eurent la satisfaction de constater que , sur cinq boulettes , quatre avaient disparu . Ils se mirent en quête des victimes et découvrirent bientôt les cadavres de quatre loups , dont un mâle pesant 35 kilogrammes , une louve du poids de 30 kilogrammes et deux louveteaux pesant chacun 18 kilogrammes [27]».

1886 : A Brinon sur Sauldre, le 6 juin, une louve de 30 kilos est tuée par Célestin Cauquis, journalier à Rillerand [28].

1887 : le 5 juin, Louis Lantoinette, de Souesmes tue avec une arme à feu, un loup de 40 kg,

1885. Merry es bois (Cher) : Il vit bien que l’animal avait été blessé mais comme il devait se rendre à Aubigny pour un enterrement, il ne put le poursuivre . c’est le 12 seulement qu’il fut trouvé mort au bord d’un ruisseau, à 400 mètres de l’endroit où il avait été tiré. Il pesait 30 kilogs [29]»

En 1885, Le Figaro écrit que M. de Montsaulnin « est un des lieutenants de louveterie les plus ardents de France. Depuis le 12 janvier il a tué, dans la commune de Neuvy-sur- Barangeon, quatre vieux loups dont l'un ne pesait pas moins de 40 kilos[30]».

1863 (4 novembre). Le journal L’Avenir écrit : « Hier, dans une battue faite à Chaon, un loup énorme a été tué. Il mesurait du nez à la queue 1 m 72 et pesait plus de 42 kilos.[31]». Un autre loup, de 109 livres, est tué lors de cette battue.



Sources

[1] Source : A. Liger, document dactylographié non daté. Communication Gérard Dupuy.

[2] Dr Dalmon. Les gros mammifères de la forêt de Fontainebleau. Moret, 1935.

[3] 28 novembre 1872, lettre à la Chasse illustrée d’un lecteur de Plaincuet (Eure et Loir).

[4] Abbé AL. Letacq. Nouvelles observations sur la faune des vertébrés du département de l’Orne. Bulletin de la société Linnéenne de Normandie. 1876.

[5] La Gazette de France, 22 mars 1755.

[6] Journal de Jean Héroard. Fayard, paris, 1989, cité par JM Moriceau, l’homme contre le loup, Fayard, Paris, 2011.

[7] Le Journal du Loiret, d’après le Glaneur, 4 juillet 1840.

[8] Le Journal des chasseurs, Décembre 1845.

[9] Le Journal des chasseurs, février 1845.

[10] Le Journal du Loiret, 22 février 1849.

[11] Le Journal du Loiret 18 avril 1856.

[12] Le Journal du Loiret, 16 avril 1856

[13] Un pied = environ 30 cm.

[14] La Province du Maine N°10 du 15 mars 1845.

[15] La Chasse illustrée, 9 novembre 1872.

[16] Journal de l’Indre, 16 octobre 1844.

[17] La Gazette de France, 2 juin 1780

[18] La Chasse illustrée, numéros des 15 octobre 1867, 8 février 1868, 21 mars 1868, 11 septembre 1880.

[19] Courrier de C. Pigney, La Chasse illustrée, 11 juillet 1868.

[20] La Chasse illustrée, 29 janvier 1876.

[21] Alexandre de la Borde. Journal d'un bourgeois de St Aignan, cité par André Prudhomme, Autrefois les loups en Loir et Cher. Mer. 1993.

[22] Le Journal du Loiret, 19 mars 1876.

[23] Communication de Jean-Louis Pratz, d’après les archives communales, 1981.

[24] Archives du Loir et Cher.

[25] Archives départementales du Cher, liasse 7 M 116.

[26] Henri Delétang : La destruction des loups en Sologne du Cher après la loi de 1882. Bulletin du Groupe de Recherches Archéologiques et Historiques de Sologne, tome 30, juillet-septembre 2008.

[27] Le Journal du Loiret, 20 novembre 1884.

[28] Communication de M. Jean-Louis Pratz d’après les archives communales de Brinon.

[29] Relevé par Henry Delétang président du Groupe de Recherches Archéologiques et Historiques de Sologne.

[30] Le Figaro, 2 novembre 1885.

[31] Journal L’avenir du 4 novembre 1863, cité par André Prudhomme dans une série d’articles sur le loup parue dans la République du Centre en juillet 1981.