Remèdes contre la rage

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Chien atteint d’hydrophobie. Gravure tirée de L’Ami de la santé (Dr Samuel Hahnemann (1755 - 1843)

Les accidents que cause souvent la morsure des chiens enragés sur les hommes et sur les bestiaux ont engagé cette compagnie [1] à faire imprimer, en faveur de l’économie rurale, la recette d’une poudre infaillible contre la rage.

Comme tout ce qui interpelle l’humanité mérite d’avoir place dans cette feuille, on s’empresse de faire part de cette recette au public ; et on invite les curés, chirurgiens et autres personnes charitables à faire la préparation de cette poudre conformément au procédé ci-après, afin d’être en état de prévenir les funestes accidents qui arrivent fréquemment dans les villes et les campagnes ; et pour épargnier des voyages dispendieux et préjudiciables à de pauvres familles.

Vers la pleine lune de juin, lorsque les plantes sont en fleur, ou entre fleur et graine, on cueille chacune séparément les treize plantes suivantes : l’armoise, l’absynthe, la bétoine, la petite centaurée, la petite menthe ou pouillot, le millepertuis, la melisse ou piment, le grand plantain, le polypode de chenes avec les racines, la reine des prés, la rue , la verveine et la menue sauge.

Il faut faire sécher toutes ces plantes à l’ombre chacune à part et les piler ensuite aussi chacune à part. Lorsqu’elles sont pulvérisées, il faut les mêler à poids égal de chacune, et après les avoir incorporées ensemble, les mettre et les garder pour le besoin dans un pot de terre neuf, non vernissé, couvert d’un bouchon de liège avec un ou deux parchemins par dessus pour pulvériser les dites plantes avec leur brin ou tiges, fleurs et feuilles on se sert d’une pile à piler le millet, et on les passe plusieurs fois au tamis commun, faisant en sorte que la plus fine poudre ne s’évapore point.

Il faut renouveler les dites poudres tous les ans. La dose pour un homme ou une femme est d’une gros et demi ; pour les enfants d’un demi-gros, et au dessus de l’enfance d’un gros.

Il faut prendre cette poudre trois jours de suite à jeun, une dose chaque jour ; On la fait infuser dès le soir dans un grand verre de vin blanc vieux ; elle doit inhiler environ douze heures. Le matin on brouille bien le tout avant que de l’avaler, afin de prendre la poudre avec la liqueur ; S’il reste de la poudre attachée au vase, il faut y passer un peu de vin, afin de tout prendre. Après que l’on a pris le remède, il faut rester au lit pendant quatre heures, le bien couvrir pour donner lieu à la sueur ; Si elle survient, il ne faut point se lever, ni boire, ni manger, et ne point changer de linge qu’elle ne soit passée.

On doit aussi avoir soin pendant sept jours d’égratigner légèrement une fois par jour la playe ou meurtrissure, s’il y en a, pour que le sang paroisse, et bien bassiner cette playe avec du bon vin blanc vieux, dans lequel on aura fait dissoudre autant de sel que le vin en pourra fondre.

On donne aussi aux animaux ces mêmes poudres infusées pendant douze heures dans le vin, et la dose en est plus ou moins forte selon leur grosseur.

On ne donne point à manger aux bestiaux huit heures avant de leur faire prendre le remède, on les laisse bien clos et fermés pendant quatre heures après qu’ils l’ont pris, et ensuite on leur donne à manger.

Comme les chiens ne peuvent souffrir le vin, on leur fait prendre les trois prises infusées aussi pendant douze heures dans du lait, que l’on a fait bouillir dès le soir, de crainte qu’il ne se caille. La dose pour les chiens est d’un gros et demi de chaque prise.

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Autre remède pour guérir la maladie : la poudre d’écailles d’huîtres. Il est proposé par un certain Pierre Louis Du Couëdic de Villeneuve [2] qui dit l’avoir trouvée dans un manuscrit du quinzième siècle conservé dans les archives et parmi les papiers de sa propre famille.

Mode d’emploi :

« Lorsqu'il gèle fortement et longuement en hiver, les loups sont sujets à la rage, ainsi que dans les chaleurs excessives de l'été ; et souvent ces animaux ont causé de grands ravages dans les campagnes avant qu'un ait pu les atteindre et les détruire. La recette suivante, pour prévenir les suites désastreuses des morsures d'animaux enragés, est un remède infaillible qui mérite d'être répandu généralement. Aussitôt que l’on a été mordu, la première opération nécessaire est de nettoyer la plaie avec une éponge trempée d'eau, et de faire de suite une profonde scarification sur la plaie avec un fer chaud, pour empêcher la communication du virus avec le sang. On prend quatre jaunes d'oeufs, frais du jour, s'il est possible; on en ôte le blanc et le germe; on y joint deux fortes cuillerées de poudre d'écailles d'huîtres mâles, et de celles de dessous; On ajoute deux cuillerées d'huile de noix tirée sans feu; et, faute d'huile de noix, on se sert d'huile d'olive; on bat bien cette huile, les quatre jaunes d'oeufs et la poudre, le tout mêlé ensemble. On prend ensuite deux autres cuillerées d'huile, que l'on met dans un poêlon sur le feu, pour chauffer sans faire roussir l'huile ; on verse dans le poêlon, sur cette huile, les quatre jaunes d'oeufs battus avec la Poudre d’écailles d'huîtres et les premières cuillerées d'huile amalgamées ensemble, on en fait une omelette. Le malade mange cette omelette à jeun, en entier, à l'exception d'un morceau, que l'on réserve pour l'appliquer tout chaud, et sortant du poêlon , sur la plaie, après qu'elle aura été grattée jusqu'au vif avec un morceau de verre, et qu'elle aura répandu bien du sang. S'il y a plusieurs plaies, on augmente les drogues, et on fait une omelette en proportion de leur nombre et de leur grandeur. On observe qu'il faut bien attacher et fixer sur la plaie le morceau d'omelette, afin qu'il y reste neuf jours sans ôter l'appareil. A la suite de cette opération et du déjeuner, le malade se promènera quelque temps, et ne mangera, ni ne boira que trois heures après. On ne donne ce remède qu'une fois, à moins que le malade ne soit trop effrayé, ou n'ait quelque apparence d’accès d'hydrophobie en ce cas, on réitérera ce remède deux ou trois fois au plus. Ce remède pour là rage se donne aux animaux également, en observant d'augmenter la dose en proportion de leurs forces. On fait passer avec un cornet l'omelette dans l'estomac des animaux qui la refuseraient nécessairement, telles que les bêtes à cornes et le cheval. Les meilleures écailles sont celles des mois de mars , avril et septembre. Pour les calciner, on enlève de dessus tout ce qui est rude et crasseux et on les met ensuite dans un fourneau, sur une couche de charbon ; on les arrange en forme de tuiles, que l'on veut faire cuire. On peut mettre différences couches, tarit de charbon que d'écailles, mais la dernière couche doit être de charbon ; et l'on met le feu au fourneau. Les écailles étant bien calcinées, on les laisse refroidir, et on ne prend que celles qui sont blanches on grises; on rejette les noires. Si on est pressé de s'en servir, on les réduit en poudre que l'on passe au tamis fin. Si au contraire, on n'est pas pressé, on laisse les écailles sur du papier, on dans un sac, à l'air, et elles se réduisent d'elles-mêmes en poudre fine et très blanche, que l'on conserve dans un vase propre, pour s'en servir au besoin. La prise, pour un enfant d'un ou deux ans, est d'un grain; de deux à six ans, de deux ou trois grains; de douze à vingt ans, quatre, cinq ou six grains et, au-dessus de cet âge, on peut donner de six, sept ou huit grains; au reste, le plus ou le moins est toujours sans inconvénient. On enveloppe la poudre dans deux soupes de pain trempé, ou entre deux parties de poires ou pommes cuites ; dans deux cuillerées de confitures ou de miel; ou enfin dans un oeuf frais. On boit un verre d'eau après l'avoir prise ; elle n'exige aucune préparation 'a l'avance ; on peut vaquer à toutes ses affaires, aller, venir, monter à cheval, chasser etc, seulement dans le jour où l'on a pris cette poudre, on s'abstient de lait, de beurre , d'huile, et d'autres aliments gras qui entraîneraient trop promptement cette poudre hors de l'estomac, ou l'y envelopperaient de manière à en empêcher les heureux effets. On trouve, de la Poudre d'Ecaillé d'huître à Paris, chez presque tous les Pharmaciens ».


[1] Il s’agit de la Société Royale d’Agriculture de la Généralité de Tours. Article paru dans le Courrier d’Avignon du 27 septembre 1764.

[2] Pierre Louis Du Couëdic de Villeneuve . Recueil de notices sur la poudre d'écailles d'huître. Chez l’auteur. 80 rue Mazarine, Paris. Sd