Et si le loup avait toujours été là ? 

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Ci dessus à gauche, le loup de Fontan (1987). A droite, le loup tué en Lozère en 1977. Images macabres mais incontestables documents historiques. 

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Il est communément admis que le loup disparut de notre pays « peu avant la dernière guerre mondiale » . Pourtant, de nombreux indices, relevés dans la littérature ou dans les journaux locaux suggèrent que « Canis lupus » fréquentait probablement encore diverses régions de France entre les années 1940 et 1990. Quelques années seulement avant leur retour officiel des loups se firent d’ailleurs tuer dans les Vosges , en Lozère, dans les Alpes Maritimes …

Echappant au fusil, aux battues ou au poison, l’espèce aurait-elle survécu discrètement ici où là jusqu’à sa spectaculaire réapparition, une cinquantaine d’années après, dans le Mercantour ? Ou au contraire, a-t-elle effectivement été éradiquée aux alentours des années 30 ?

Il serait sans doute imprudent de valider sans précaution l’une ou l’autre de ces hypothèses tant le prédateur suscita de passions susceptibles d’altérer le jugement des observateurs de l’époque, voire de ceux qui, aujourd’hui, tentent d’en écrire l’histoire : « On crie toujours le loup plus grand qu’il n’est » disait un vieux proverbe . Il est donc probable que dans les observations que l’on pourra réunir se seront glissées quelques fantasmes, quelques bizarreries, et erreurs d’identification !

Il n’en reste pas moins que certains indices faisant état de la présence du loup en divers lieux du pays au cours de la seconde moitié du siècle sont troublants !

Au début du vingtième siècle, les effectifs de loups ont déjà considérablement fondu. L’animal est pourchassé par l’homme depuis des siècles mais le « début de la fin » pour le fauve commence véritablement en 1882 avec l’adoption d’une loi qui revalorise fortement les primes versées pour sa destruction ce qui va doper les ardeurs des chasseurs de loups.

Du début du siècle jusqu’à la guerre de 14-18 la communauté rurale va poursuivre l’œuvre d’éradication entreprise, mais, malgré une guerre acharnée, le loup reste encore présent dans une trentaine de départements.

Ensuite s’ouvre une période d’une trentaine d’années au cours de laquelle un certain nombre de villages, de départements, de régions vont s’enorgueillir d’avoir tué leur « dernier loup » . De quelques centaines de loups tués annuellement, on va progressivement passer à quelques dizaines, voire à quelques unités.

Des années 1950 aux années 1990 des apparitions inattendues de loups vont encore se produire. Parmi elles on compte sans doute quelques animaux échappés de captivité, des confusions avec des chiens, des loups imprudemment relâchés dans la nature par leurs propriétaires mais aussi de « vrais » loups sauvages, notamment dans le Jura, l’Isère, l’Ain, les Alpes Maritimes, la Lozère etc.. Loups autochtones ou voyageurs de passage ? Il est impossible de le savoir.

On connaît l’extrême discrétion de cette espèce : le suivi scientifique de sa progression, en France, depuis 1992, a démontré qu’elle était capable de fréquenter incognito une région pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, sans qu’on soupçonne sa présence. Mieux, le loup peut également parcourir, avec la même discrétion, des dizaines, voire des centaines de kilomètres, pour apparaître, soudain, là … où on ne l’attendait pas !

Cette étonnante capacité de dispersion a pu être mesurée à diverses reprises par les scientifiques de plusieurs pays grâce à la miniaturisation des équipements électroniques de suivi et aux progrès des analyses ADN.

A partir des années 1990, le loup, espèce primitivement présente dans toute la France, va entamer au grand jour sa lente reconquête des territoires perdus et les deux célèbres « premiers » loups observés dans le vallon de Molières vont être suivis de beaucoup d’autres, d’abord dans les départements proches des Alpes Maritimes, puis bien au delà, jusque dans le Massif Central, dans les Vosges, les Pyrénées orientales etc..

Vingt cinq ans après son fameux « retour » de 1992 la situation du loup en France est relativement bien connue. Remontons maintenant de quelques décennies avec ces quelques traces un peu floues dont la plupart passèrent complètement inaperçues pour la simple raison qu’il n’y avait officiellement plus de loups en France… depuis belle lurette !

1967 : des traces identifiées comme étant des traces de loup sont relevées en Aubrac (forêt de Curières).

1968 : L’affaire des loups des landes défraie la chronique. Il s’agit de loups relâchés dans la nature par leur propriétaire, l’écrivain Delberrié de Bayac. Ils seront tués.

1970 : des traces sont relevées dans les Alpes Maritimes (Boréon) . Un loup est tué dans l’Ain « dans les années 70 ». On le signale aussi en Corrèze (gorges de la Dordogne)

1971 : un loup aurait été observé par des pêcheurs en Margeride (La Villedieu).

1972 : des bruits de crocs se font encore entendre en Aubrac, tandis qu’un loup est capturé dans un piège tendu par un agriculteur en Seine et Marne (Gesvres près de Meaux).

1973 : une louve s’échappe du parc Monceau à Paris.

1974 : un loup est tué en Seine et Marne (à Férolles-Attigny)

1975/76 : des loups ou des présumés loups sont signalés dans plusieurs départements :

Gers, Isère, Pyrénées atlantiques. La première « bête des Vosges » commence à faire parler d’elle et agite la presse. Cela durera jusqu’à avril 1976.

1977 : Un loup est tué en Aubrac (les Salces). Le chasseur Albert Pégorier, est photographié avec ce loup, une carte postale est édités. Fin 2015, les recherches d’un naturaliste local permettent de retrouver d’autres photographies de ce loup qui fut naturalisé.

1978 : un naturaliste bien connu dit avoir entendu loup hurler dans le Lubéron.

1980 : on parle de nouveau du loup en Lozère et dans les Pyrénées ariègeoises.

1981 : un loup est tué dans le Gers, un autre en Ariège, un dans les Pyrénées atlantiques (Soule). Ce dernier est exposé à la mairie de Larrau. Il aurait été identifié comme un hybride de loup et de chien berger allemand.

1982 : un chasseur relate longuement une observation faite en novembre dans le Vaucluse (combe de Verdollier).Le journal Nice-Matin aurait par ailleurs publié (1982) une photo de chasseurs posant devant la dépouille d’un loup qu’ils ont tué .

1983 : Un loup aurait été observé sur le versant italien de la cime de la Marthe (Alpes Maritimes). Une trace dans la boue est relevée en Lozère au Cheylard. La même année, Robert Hainard note le loup « dans le massif central ».

1985 : un loup aurait été tiré ou empoisonné à la frontière franco italienne.

1987 : un loup de 35 kilogs est tué à Fontan (Alpes maritimes)

1988 : Le loup est encore mentionné dans les Alpes maritimes (un loup tué ou empoisonné) et dans le Puy de Dôme.

1989 : on parle de « gros canidés » dans la vallée des Merveilles (Alpes maritimes) et de nouveau en Lozère (Pourcharesse). Véronique Campion Vincent signale l’espèce dans le Var (Esterel)

1990 : un loup est tué dans le Jura, peut-être échappé d’un parc ou d’un zoo. On commence à parler de la présence possible de loups dans les Alpes maritimes (Décembre, vallon de Margès). La présence du loup est également suspectée dans les Pyrénées orientales et dans les Cévennes.

1991 : Les soupçons sur la présence du prédateur dans les Alpes maritimes grandissent (dans la vallée de la Roya, dans le vallon de Molières (où on les observera en toute certitude un an après) mais aussi dans les hautes Alpes (bête de la Salette) et en Lozère (Chareylasse).

Enfin l’année 1992 va devenir l’an 1 officiel du retour du loup avec, le 4 novembre, l’observation d’un couple de loups lors d'un comptage de chamois et mouflons, par des agents du Parc National et de l'ONF . Le magazine Terre Sauvage publiera le récit détaillé de ces premières observations. Pourtant, de 1970 à 1992, 15 à 20 loups auraient été tués dans la région du Mercantour.

A chacun d’en tirer les conclusions et, pourquoi pas, de rechercher d’autres morceaux du puzzle  .

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Ces mentions sont extraites et adaptées de  « Le loup, en France, au vingtième siècle »  On s’y reportera pour en savoir davantage sur la saga du loup entre les années 1900 et 2000 et pour retrouver les sources précises des témoignages et écrits cités ci dessus.