Le loup pour rire

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Dessin de Christophe Souchet pour le Muséum de Bourges. Droits réservés. 

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Tirer le loup par la langue

« Un évênement douloureux jetait samedi dernier l’effroi dans les villages de Vielverge et de Soissons (Côte d’Or). Un loup d’une taille énorme sortait du bois qui longe la route de Vierverge à Flammerans et se précipitait sur un habitant de Soissons occupé à recueillir le turquis [1]. Celui ci poussa des cris pour l’effrayer, appela à son secours, puis s’arma d’une brassée de pieds de maïs et s’en servit comme d’un bouclier. Il lutta quelque temps, mais ses pieds s’embarrassant il tomba à la renverse. Le loup le serra de plus près, toutefois il ne perdit pas courage, et il enfonca sa main dans la gueule de la bête afin de saisir et arracher la langue. Le loup fit alors effort pour se retirer, mais, après lui avoir mordu deux doigts. Puis, en quelques bonds, se jeta sur un petit pâtre de Vielverge qui gardait des bœufs près de là, le renversa, le mordit à plusieurs reprises, lui fit cinq blessures et.. prit la fuite. Il rencontra un peu plus loin une jeune fille de dix ans, qu’il renversa également et dont il mit les vêtements en lambeaux mais sans la blesser. Le lendemain on faisait une battue dans toute la région où le fait s’était passé, mais sans trouver autre chose que les os et la tête encore saignante d’un chien dévoré peut-être par ce loup [2] ».

(note JB : au delà du pittoresque, le récit du périple de ce loup et les morsures faites à plusieurs personnes et animaux font penser à un animal atteint de la rage).

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Les oreilles de l’adjoint

« Aujourd'hui 14 octobre 1904, devant moi Charles Henri Colas, maire de la commune de Saint-Mesmin, assisté de mon adjoint Jean-Baptiste Eloi Penault ont comparu le sieur Jacques Etienne Benoist et Donatien Louis Honoré Gratté, dit Tranquille, domiciliés dans ladite commune de Saint-Mesmin, lesquels ont déclaré avoir rencontré un loup conduisant leurs légumes au marché de Saint-Gratien.

Le susdit loup ayant traversé le bois dont ils avaient rencontré les pattes sur le sable mouillé et s'étant dirigé du côté de la rivière avec préméditation d'y boire, avons ordonné et ordonnons une battue générale armés de fusils et d'autres instruments de labour ; après une série consécutive de trois ou quatre heures sans manger, nous avons vu le loup, moi dit maire, assisté de mon adjoint pour la première fois et lesdits Jacques Etienne Benoist et Donatien Louis Honoré Gratté, dit Tranquille pour la deuxième fois le reconnaissant pour le dit loup déclaré du matin qui allait boire comme de fait à cent pas de l'eau.

Après que j'eus ordonné tous nos gens bien armés, moi dit maire, assisté de mon adjoint resté sur le derrière dans le cas, prévoyant par prudence que le susdit loup se puisse rétrograder ou ait été suivi d'un plus grand nombre d'autres comme ils ont coutume de se conduire.

J'attends donc sans balancer le loup qui s'enfuyait armé d'un fusil assisté de mon adjoint dont il voulait aussi se défaire pour le bien de la commune.

Au bout d'une heure, le loup avait été fait périr à la tête de la troupe dont il fut massacré d'un coup de pioche par le nommé René Martin de Romorantin lequel avait huit petits dans le ventre. Déclaré par moi ledit loup être une louve assisté de mon adjoint peut-être enragé.

De ceci dressons procès Verbal et le mettons sous les yeux de Monsieur le Préfet et la circonstance comme elle s'est produite pour que récompense soit distribuée à qui de droit au nommé René Martin de Romorantin pour avoir tué une louve pleine comme je l'atteste ici assisté de mon adjoint dont les oreilles sont annexées au présent procès-verbal [3]».

Colas, maire , Penault adjoint.

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Toujours les oreilles …

En 1872, l’Abeille cauchoise, un journal normand, publiait une histoire du même genre, mettant également en scène les oreilles d’un adjoint !

« Nous soussignés, maire de la commune de … certifions que le nommé Michel, cultivateur et professeur à la destruction des bêtes punates et habitant de ce village, nous a déclaré avoir tué une louve près de la lisière du bois dont il avait rencontré les pattes. Nous nous sommes transportés de suite sur lesdites pattes, accompagné de notre adjoint qui a de suite reconnu l abête, non pas assommée d’un coup de fusil mais bien avec un brin de fagot. Venant à consulter exatement le sexe de l’animal, nous avons reconnu que ladite louve était un loup pour laquelle raison nous n’avons pas extrait de louveteaux de son cor (sic) ni accordé la prime pour que le loup seulement toujours avec notre adjoint auquel nous avons coupé les oreilles pour être annexé au présent certificat et servir à M. le Préfet pour prime et avons signé avec l’adjoint »


[1] Turquis : appelation locale du blé de Turquie (maïs)

[2] Le Journal du Loiret du 21 septembre 1877.

[3] L’histoire ne dit pas d’où sort ce texte, très connu et souvent publié, et probablement né d’un exercice journalistique..