Drôles de noms (d'oiseaux) 

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En Sologne on appelle le héron cendré « aigron », écrit François Salerne en 1767, nos Solognots assurent, d'après leur expérience , que le héron commun a sept fiels ou amers répandus sur le corps, qu'il faut ôter avant de le faire cuire , parce qu'autrement sa chair serait trop amère ; et que son foie , comme celui du loup, a autant de lobes ou de feuillets que l'oiseau a d'années. La chair des hérons est fort huileuse et sent le poisson ; aussi en détruisent-ils considérablement. Il y a quelques années qu'un chasseur ayant tiré fur un héron perché au haut d'un arbre le long de la Loire , celui-ci laissa tomber une alose toute fraîche , que le chasseur trouva excellente ».

Le héron bihoreau est rare. « On connaît le petit héron cendré dans la Sologne mais il y est beaucoup plus rare que le grand héron gris. On l'appelle « bihoreau » , « roupeau » et « corbeau de nuit » parce que de nuit il crie d'une voix discordante et comme s’il voulait vomir. II est assez rare dans l'Orléanais ; cependant il y a quelques années qu'on en a tué deux près d'Orléans ; l'un à Saint-Cyr, et l'autre à Meung. Celui-ci fut mangé rôti par le chasseur, qui en trouva la chair noire, fort dure et huileuse ».

Le butor étoilé est nommé « héron grand butor » en Seine et Marne, « grand butor » dans le Loiret , « bihour » en Berry et en Sologne, « behor » à Bellegarde (forêt d’Orléans) ou encore « hou » en Orléanais. Il est généralement considéré comme rare.

En 1931, le marquis de Tristan note que le héron butor « manifeste sa présence par des beuglements tels un taureau que l’on entend de fort loin et que certains auteurs ont assuré être produits par l’oiseau enfonçant son bec dans l’eau et la vase en soufflant violemment ».

François Salerne (1767) parle également du cri du butor et donne du même coup quelques autres détails curieux sur son anatomie : « Nos beaucerons , qui habitent le long de la Conie , observent superstitieusement le cri de cet oiseau. Ils s’imaginent qu'il annonce la cherté des vivres , notamment du froment ; de forte que le bled augmente de prix à proportion du nombre des mugissements qu’il pousse de fuite. Il est rare qu'il mugisse sept fois sans interruption. En l'année 1753 ils ont été fort contents de lui, parce qu'il n'a beuglé que trois fois de fuite. Ils disent aussi qu'il change de couleur avec les roseaux ; qu'au printemps il est vert comme un perroquet , et qu'alors il ne vole point, se tenant tranquille au milieu des joncs et des rouches ; au-lieu que sur la fin de l'automne son plumage prend une couleur de feuille morte , qu'il garde tout l'hiver. Mais c’est une pure imagination. On a dit faussement que le butor avait trois testicules. Les solognots pensent que le butor n'a que cinq fiels, qu'il faut pareillement ôter pour le manger ».

L’autre espèce de butor, le butor blongios, laisse l’ornithologue perplexe : « nous ne connaissons point cette sorte de butor , à moins que ce ne soit l'espèce rare et curieuse qui se trouve en Sologne, et qu’on pourrait, ce semble, appeler le petit butor, comme étant le plus petit des hérons étoilés que nous connaissions. J'en ai envoyé deux à M. de Réaumur. Il se trouva trois brochetons dans l'estomac du premier ce qui est étonnant pour un si petit corps. Nos solognots donnent à cet oiseau un nom singulier ; ils l'appellent un « quoimeau » et par corruption » quoimiau » ou « quoamiau » , parce que quand il couve ses oeufs , son attitude représente , selon eux , un de ces pots à deux anses qu'ils appellent ainsi ».

François Salerne nomme la spatule blanche « cuiller » en raison bien entendu de la forme de son bec. Il la croit « extrêmement rare dans ce pays-ci » et n’en localise qu’une seule « tuée près de Chartres il y a quelques années».

Tiré et adapté de « Faune sauvage des temps jadis » , Editions du Jeu de l’Oie, 206 pages, 21 euros (paru en octobre 2016). Pour l’acheter : http://www.votreinfolocale.fr/editions-jeu-oie/boutique.html

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